vendredi 16 janvier 2009
TOP RACCORD 2008
Top Raccord 2008 de Jolyon :
01 La vie moderne de Raymond Depardon
02 Valse avec Bashir de Ari Folman
03 No country for old men des frêres Coen
04 Julia de Eric Zonca
05 Wall E de Andrew Stanton
06 Soyez sympa, rembobinez de Michel Gondry
07 A bord du Darjeeling limited de Wes Anderson
08 Vinyan de Fabrice du Weltz
09 El Dorado de Bouli Lanners
10 Shine a light de Martin Scorsese
11 The dark knight de Christopher Nolan
12 Entre les murs de Laurent Cantet
13 Martyrs de Pascal Laugier
14 Two lovers de James Gray
15 Le silence de Lorna des frêres Dardenne
16 Be happy de Mike Leigh
17 Conte d'été polonais de Andrzej Jakimowski
18 Maradonna par Kusturica
19 Désengagement de Amos Gitaï
20 Into the wild de Sean Penn
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jeudi 9 octobre 2008
« L’Assaillant » de Pablo Fendrik
Argentine - 2007, 1h07
RACCORD
Le fait divers
nourrit la création des auteurs ; Chabrol (« La cérémonie »,
« La fille coupée en deux »), Truffaut (« La peau douce »,
« L’Homme qui aimait les femmes »), Cantet (« L’Emploi du temps »),
Gus Van Sant (« Elephant »), nombre de cinéastes ont reconstruit à
leur façon un évènement tiré de la réalité ; le secret d’une histoire
fragmentaire, l’énigme de la psychique des personnages, le passage à l’acte, il
est un support idéal de fiction. La fascination des réalisateurs pour le fait
divers tient moins à la reproduction exacte de l’événement qu’à la possibilité
d’y projeter sa vision, d’y imprimer son propre désir de cinéma.
« L’Assaillant » ne déroge pas à cet attrait du réel réinventé.
Quelques lignes lues
dans un journal ont suffi pour inspirer ce jeune cinéaste argentin, Pablo
Fendrik, qui signe avec « L’Assaillant », un premier long métrage
tout à fait intéressant. Tourné en neuf jours, sans véritable scénario, le film
est né comme il a été réalisé, dans une grande impatience de passer à l’acte
créateur.
Un homme marche dans
la rue et on le suit ; caméra à l’épaule, on emboîte le pas de ce héros
anonyme. La vie urbaine défile sous nos yeux au fur et à mesure qu’il se
déplace. Où va-t-il ? Que va-t-il faire ? Le suspense s’installe.
Subitement, il s’engouffre dans un bâtiment et le film rejoint le fait divers
qui l’a inspiré, celui d’un double braquage effectué dans deux collèges privés
de Buenos Aires à vingt minutes d’intervalles.
Le choix de
parti-pris de la mise en scène de filmer en quasi-temps réel -l’absence de
coupures, le choix de longs plans séquences en plans très serrés- nous plonge
au cœur de l’action. Faire ressentir au spectateur les émotions du personnages
principal, lui donner l’impression d’être le témoin privilégié de l’histoire,
Pablo Fendrik n’a pas voulu faire autre chose. Une économie de moyen et un
besoin vital de cinéma. Jamais on ne saura les raisons qui poussent cet homme à
commettre ces braquages et d’ailleurs, ce n’est pas ça qui est important ;
refusant toute démonstration narrative, « L’Assaillant » est un film
physique ; le nœud de l’intrigue, c’est le corps d’un homme, sa démarche,
sa voix, l’expression de son regard. En ce sens, il ne s’y raconte pas grand chose ;
mais ce que Pablo Fendrik réussit à faire est de la pure mise en scène, capter
l’énergie vitale d’un homme et sa présence dans l’espace. On n’en demande pas
plus… GERALDINE
« Séraphine », Martin Provost
France - 2008, 2h05
PAS RACCORD
« Séraphine » est l’histoire d’une révélation ; celle d’une bonne à tout faire, à qui la Vierge Marie aurait ordonné de peindre ; la révélation d’une âme d’artiste dans un corps de servante. Les voies du seigneur sont impénétrable alors elle s’exécute Séraphine, elle peint sur des petits morceaux de bois. Elle peint les fleurs et les fruits, les tournesols, les pommes ; la nature est transfigurée sous son regard. Vêtue d’une robe noir austère, d’un large châle de laine gris-bleu, d’un chapeau défraîchi, elle parcourt la campagne, s’enivrant de cette nature si pleine de promesses. Elle fait la cuisine et le ménage, lave, cire le parquet pour quelques sous; ce grand corps massif, ces épaules voûtées par des années de labeur, ces grands yeux bleus azur. Il y a définitivement un souffle romanesque dans ce personnage à la Flaubert, sorte de Félicité touchée par la grâce de l’art.
« Séraphine » est aussi l’histoire d’une réhabilitation puisque le scénario est basée sur un personnage réel, celui de Séraphine Louis, dite Séraphine de Senlis, une artiste totalement originale, une autodidacte, de ceux qu’on appelle « naïfs ». Martin Provost redonne corps à cette femme discrète, cette petite main, dont il admire le talent. Le travail d’incarnation de Yolande Moreau est tout à fait remarquable ; la comédienne est littéralement habitée par le rôle et sa présence physique porte le film. Pourtant, malgré son évidente bonne volonté, le cinéaste est passé à côté d’une œuvre de cinéma. Certes, l’adaptation d’une biographie à l’écran n’est jamais chose aisée ; toujours, cette peur de l’anecdotique, du pathos. Malheureusement pour lui, Martin Provost n’évite pas les écueils du didactisme. Sa démarche d’historien d’art, sa croyance aux vertus de la vulgarisation de la culture prend le pas sur son travail de cinéaste. A trop vouloir reconnaître Séraphine, Martin Provost se perd dans un académisme étouffant. Si l'on ajoute à cela, la tentation de l'étude de moeurs - avec la peinture de la hiérarchie sociale, la bêtise et le mépris caractérisés des notables du village et la fausse naïveté de l'héroïne- et l'impressionniste de l’image -hymne permanent à la nature nourricière- "Séraphine", loin de gagner en poésie, a un rendu de film de terroir. Rapidement, l'observation curieuse de cette personnalité méconnue laisse place à un long, un très long ennui; au risque de passer complètement à coté de la tragédie finale, la fin d'une destinée à la Camille Claudel, qui méritait pourtant une plus grande attention. GERALDINE
samedi 27 septembre 2008
« La fille de Monaco », Anne Fontaine
France – 2008, 1h35
PAS RACCORD
Décidément la critique de cinéma se ramollit
ces temps-ci… Sans doute a-t-elle son quota de film français à promouvoir ;
sinon, peut-être que notre industrie cinématographique -notre fameuse exception
culturelle- ne s’en remettrait pas ! Alors, on se contente de peu, au nom
de la solidarité nationale ; Jeanne Labrune, Pascal Thomas, Pascal
Bonitzer et autres représentants de ce cinéma français endogène qui se regarde,
se gausse et s’applaudit, doivent se féliciter devant la réussite d’une des
leurs : « La Fille de Monaco » est un succès public et
critique !
Au préalable, un mot sur la phrase d’accroche de
l’affiche qui vaut quand même son pesant d’or :« Est-ce que vous vous
êtes déjà posés la question pourquoi on couche?».
Jeu-test :quel type de film cela peut-il
bien être:
1- Un
« teen movie » -film pour adolescent pré pubère où la question
centrale reste soit la perte de la virginité, soit le défi masculin d’abstinence ;
2- Un film post Nouvelle Vague avec Mathieu Amalric en intello angoissé et éternel indécis façon Desplechin « Comment je me suis disputé. Ma vie sexuelle »;
3- A
la création d’un genre « le soap-polar », au pays de la princesse Grâce, avec Fabrice Luchini en guest-star…
Réponse 3 : le nouveau cru d’Anne Fontaine sorti le 20 août dernier.
Le
problème de « La fille de
Monaco » est visible dès l’écriture du scénario. La cinéaste a écrit le
point de départ de son film avec l’idée de confier à Fabrice Luchini le
rôle de Bertrand, virtuose du verbe, avocat brillant et redoutable
séducteur, incapable de se laisser aller au sentiment amoureux. En
face,
construits comme miroirs inversés, un garde du corps, taciturne et
terre à
terre, Christophe joué par Roschdy Zem et une blonde pulpeuse, à la
sexualité
débridée, Audrey (Louise Bourgoin), sorte de version Bling-Bling de
Bardot dans
« Et dieu créa …la femme » de Vadim.
Cet
improbable
assemblage de personnalités ne marche pas pour la simple et bonne
raison qu'i se construit sur des
clichés, autrement dit sur du vent. Prenons la relation entre Bertrand
et
Christophe ; Il est évident que les acteurs ont été dirigés de façon à
faire
resortir la hiérarchie de leurs rapport; Christophe est au
service de Bernard ; il est son garde du corps et doit le protéger. Si
cette antinomie de caractères et de classe est au départ relativement
bien suggérée, sa
récurrence fait patauger l’intrigue. La disposition du premier pour le
second,
auquelle s’ajoute un évident sentiment d’admiration, qui va faire
basculer leur rapport dans une ambiguïté amoureuse quasi sado-maso
confine au ridicule!
Pourtant, Luchini joue dans la retenue, une fois n’est pas coutume ;
mais
Roschdy Zem, peu habitué à des rôles de subordonné, en fait des tonnes
dans le
« oui maître », dans le « je sécurise le périmètre ». Rien
de bien naturel dans tout cela ; que de lourdeur et de surjeu ! La
construction du duo est donc déjà bancale mais Anne Fontaine va encore
plus loin Elle fait basculer cette comédie mondaine en une sombre
histoire de
meurtre. On aura compris qu’Audrey, et ce en grande partie grâce à
l’obstination
–courageuse- de Louise Bourgoin à camper une Bimbo, persuadée que la
promotion
canapé est la seule façon de réussir, est La femme qu’il ne faut pas
pour
Bertrand. La seule issue, le meurtre. C’est ça qui est fatiguant chez
Anne Fontaine, ce conformisme
bourgeois et cette obsession à mettre les gens dans des cases. Aucune
subtilité
psychologique puisque seules les apparences comptent. Audrey sera donc
réduit à
n’être qu’un corps qui se trémousse et Christophe, un subalterne
fasciné par
l’intellect de Bertrand. Au final, du sous-sous- Chabrol et une
impression
désolante de vide. GERALDINE
jeudi 25 septembre 2008
"Entre les murs", Laurent Cantet
FRANCE - 2008, 2h08
RACCORD
« Entre les murs » est une plongée en apnée dans le quotidien d’une classe. De la 1ère image, en plan serré sur le professeur, François, avalant une dernière gorgée de café avant de rentrer dans l’établissement ; le calme avant la tempête ; jusqu’à la dernière séquence montant la classe vide, avec quelques chaises en désordre ; arrive les grandes vacances. La boucle est bouclée ; Entres ces deux temps, toute une année scolaire s’est déroulée sous nos yeux, avec ses rires, ses cris, ses doutes, ses conflits. Enfin, on peut respirer.
Les deux grandes qualités de Laurent Cantet comme cinéaste sont sa vigilance et sa sincérité. Vigilance quant au risque de récupération idéologique ou politique, -risque accru depuis la Palme d’Or puisqu’avant même sa sortie en salle, le film monopolise déjà l’attention des médias. « Entre les murs » ne prétend pas à dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité sur l’Education Nationale. En aucun cas, Laurent Cantet moralise son propos. Non, « Entre les murs » se veut être une chronique de la vie d’une classe, dans un lieu donné, le 20ème arrondissement de Paris, en s’inspirant de l’expérience d’un professeur donné, François Bégaudeau.
Sincérité, par sa volonté de montrer à l’écran des êtres en relief, avec leur énergie, leurs faiblesses et leurs contradictions. Par une rigueur de mise en scène, sur le mode du docu-fiction, Laurent Cantet réussit à traduire l’indicible, à montrer la violence quotidienne des rapports humains, toujours sur le fil du rasoir, sans jamais tomber dans la caricature ; la caméra est en alerte prête à saisir les micros-évènements susceptible de faire basculer une scène. Ce qui se passe entre les murs de ce collège c’est la vie, c’est une société en mouvement. Rien n’est jamais acquis puisque la narration se construit dans les moments de dérive. A un moment, il y a transmission de savoir et la seconde suivante, le dérapage arrive. Que ce soit sur le désaccord des élèves quant au choix d’un prénom, Bill, donné dans un exemple, jugé trop français ; ou la scène où François accuse les deux déléguées de la classe de s’être « comporter comme des pétasses », le professeur est constamment pris à parti, chahuté, provoqué mais il résiste. Sa croyance en la prise de parole, la liberté d’expression est plus forte. Humaniste convaincu, François prend le risque du dérapage, celui des élèves mais également du sien ; car un professeur, même avec la meilleure volonté du monde, est perfectible. Il lui arrive de se prendre à son propre piège, de ne pas réussir à faire passer son message. Il peut échouer ; quand il dit de Souleymane qu’il est « scolairement limité », provoquant ainsi un tollé dans la classe ; ou encore dans son incapacité à faire comprendre à Khoumba son insolence lorsqu’elle s’est refusée à lire un extrait d’Anne Frank à voix haute. Énervé et impuissant, il donne un coup de pied dans une chaîne. Ce sera sa seule manifestation visible de violence. Geste de désespoir devant l’échec. Il n’est pas un professeur super-héros, à la répartie infaillible. Il fait du mieux qu’il peut avec ses convictions et son savoir. C’est dans cette tension entre parole et violence, que naît toute la beauté du film. Grâce et tragédie du quotidien. Grâce dans l’autoportrait de Carl qui aime le zouk mais n’aime pas aller voir son frère en prison ; grâce dans l’analyse que fait Sandra de "La République" de Platon.
L'art de Cantet est d'avoir réussi à capter ces moments d'utopie concrète; ne pas juger, juste monter... GERALDINE




