RACCORD... PAS RACCORD !!

Le blog de l'émission RACCORD... PAS RACCORD : chroniques et infos cinéma un mardi sur deux à 20h sur Radio G! 101.5 FM ou www.radio-g.org

mercredi 26 décembre 2007

La Graine et le Mulet

graine

De Abdellatif Kechiche - France 2007

PAS RACCORD


Ah comme j’aurais aimé aimer ce film !! Vraiment, après la gifle qu’avait été « L’esquive » et son approche tellement originale de la vie des banlieues via un réjouissant choc des cultures (« Manu, descend, on répète du Marivaux dans la cour de l’immeuble !!»), le nouveau long métrage de Kechiche était attendu par une grande partie de la critique et aussi par quantité de cinéphiles qui retrouvent chez ce réalisateur un peu de la verve naturaliste d’un Maurice Pialat…
Hélas, « La graine et le mulet » est un film qui faute par générosité ; non pas qu’il soit exempt de qualités, mais son étirement sur plus de deux heures ne lui rend pas service. L’histoire, celle d’un ancien ouvrier du port de Sète qui veut ouvrir un restaurant sur un bateau, est prétexte à un film choral dont l’ambition est de mettre en scène toute une famille de façon plus ou moins décousue.
Formellement, ce qui est regrettable dans cette entreprise, c’est cette volonté d’être absolument dans la démonstration car on se rend compte assez vite que Kechiche a adopté un parti pris visuel assez exténuant à suivre pour le spectateur. J’en veux pour preuve la longue scène de repas en première partie qui est un moyen de caractériser tous les membres de la famille autour du couscous dominical. Au moyen de deux caméras, l’enjeu est de nous faire comprendre que cette addition de visages à coups de gros plans insistants et que cette truculence si particulière (parfois tellement drôle !!) n’est jamais que l’expression de la vie et rien que de la vie très colorée des moeurs maghrébines. Mais ce n’est pas pour autant que cela rend le film vivant, au contraire, cela le rend pesant et sans rythme. Faire durer une scène pour laisser passer pleinement un sentiment, une émotion, certes, mais au-delà cela devient lourd et lancinant jusqu’à l’ennui.
"Qui trop embrasse mal étreint" dit le proverbe, et ça résume à peu près le résultat. Et ce procédé d’étirement se répète à plusieurs reprises dans le film et contraint malheureusement à faire plein d’ellipses (la rénovation du bateau expédiée en deux scènes, la relation de M. Beiji avec la patronne de l’hôtel quasi inexistante…) ; quant à la dernière partie du scénario, elle est motivée par un suspense « couscoussier » à la fois drôle, tragique et émouvant mais au final assez invraisemblable. Ce déséquilibre se sent moins dans la direction d’acteurs, heureusement, surtout quand on sait qu’ils sont presque tous non professionnels. Ainsi la jeune Hafsia Herzi crève l’écran et fait preuve d’une énergie et d’une gouaille exceptionnelle et démontre un talent inné pour le jeu, aussi à l’aise dans la comédie que dans les scènes d’émotion. Dommage que la figure centrale du film, M. Beiji, incarné par Habib Boufares, soit dirigée de façon si monotone lors de la scène d’ouverture du restaurant, où il n’arrache pas un sourire et reste désespérément coincé. Un mystère. Reste que son personnage d’ouvrier fatigué est assez touchant dans les scènes de solitude comme dans la conclusion. A noter, la contribution réjouissante de Bruno Lochet, ex Deschiens, j’en viens presque a regretter qu’il n’ait pas plus de scènes à défendre.

Ceci admis, il faut constater que dans l’ensemble Kechiche reste cohérent avec sa démarche de film en film : il cherche simplement à raconter une histoire d’intégration sociale autour d’un projet collectif que ce soit le théâtre comme dans « L’esquive » ou la restauration dans le film qui nous occupe. C’est une démarche qui fait sens avec, en arrière plan, la volonté de mettre en perspective deux générations d’immigrés, celle des parents et celle de leurs enfants, entre tradition et modernité, par le biais d’une retentissante galerie de personnages. Démarche louable et humaniste mais dans le cas de « La graine… » il eut fallu plus de modestie et moins de lourdeurs stylistiques. D’où cette impression mitigée envers une œuvre sincère mais terriblement complaisante.
JOLYON

Posté par morpheus2316 à 11:15 - Critiques de films - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

bien vu : ça m'aide un peu à comprendre mon état mi-figue mi-raisin (pour filer la métaphore culinaire !) après ce film...

En même temps je suis aussi en partie d'accord avec cette critique qui encense le film ! (vous comprendrez peut-être mieux mon état...) :

http://www.chronicart.com/cinema/chronique.php?id=10758
Bref, Kechiche joue sur un autre espace-temps, c'est peut-être pour ça qu'on en ressort aussi "épuisé"... et perplexe.

Posté par wilépiQ, vendredi 18 janvier 2008 à 16:43

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