RACCORD... PAS RACCORD !!

Le blog de l'émission RACCORD... PAS RACCORD : chroniques et infos cinéma un mardi sur deux à 20h sur Radio G! 101.5 FM ou www.radio-g.org

vendredi 28 décembre 2007

Actrices

actricesde Valeria Bruni-Tedeschi - France 2007

PAS RACCORD

Après avoir dit autant de mal de "Faut qu'ça danse!" de Noémie Lvovsky le mois dernier, causant beaucoup de chagrin à ma copine Géraldine (cf. nos critiques respectives), il y a moyen de penser que je suis vraiment masochiste à un mois d'intervalle de reprendre rendez-vous avec le tandem Noémie Lvovsky-Valeria Bruni-Tedeschi, dans des rôles un peu redistribués. La première reste coscénariste et redevient actrice, la seconde cumule les postes d'actrice, coscénariste et réalisatrice. Que le film soit à ce point nombriliste n'aura donc rien d'étonnant. Pas de masochisme donc, mais l'envie de se rendre compte une fois pour toute si nous n'avons, personnellement, plus rien à faire avec ce type de cinéma à la française. Il y a quelques années, j'aurais sans doute accordé le bénéfice du doute à un film comme celui-là, mais maintenant je sens que je n'en peux plus.
Aucune complaisance donc avec ce film, au demeurant bien réalisé et très bien interprété, avec les codes du genre. Par rapport à "Faut qu'ça danse", on constate tout de même rapidement que l'histoire se focalise sur le personnage de Marcelline, actrice, interprétée par Valeria Bruni-Tedeschi. Bien sûr, on s'attarde plus ou moins sur deux-trois personnages secondaires mais on ne cherche pas ici à multiplier les pistes pour donner l'illusion d'une quelconque profondeur. Par conséquent, l'ennui gagne plus vite. Marcelline tourne en rond, s'enfonce dans sa crise de la quarantaine, ses hallucinations, son hystérie, et pour la première fois, Valeria Bruni-Tedeschi en viendrait presque à m'agacer de s'être offert un rôle aussi "cliché" pour elle. On la retrouve donc telle une caricature d'elle-même, quoique brillante, la bouche toujours béante, les yeux humides et vagues, la joue gauche qui sourit, la joue droite qui fait la gueule, le rire en fin de phrase... Non, là, stop!
Alors bien sûr, tout cela est enrobé de quelques jolies répliques, de quelques scènes un peu burlesques, d'un bon choix de musiques, mais pour aboutir à quoi? Pardon d'insister, mais il faut quand même se demander ce que nous apporte de voir tel ou tel film, en dehors du simple fait de divertir. "Faut qu'ça danse!" en plus fantaisiste nous parlait aussi de la mort, de l'angoisse de la maternité, de la peur de vieillir, de la difficulté d'aimer... Et est-ce qu'on en sort grandi? Non. Et comme étude sur le métier d'actrice, ça ne va pas beaucoup plus loin que le sketch de Florence Foresti sur Isabelle Adjani (on pourrait imaginer Marcelline nous lancer: "je ne suis pas folle vous savez!").
Bref, circulez, faites de la musique, allez au théâtre, lisez, mais attendez un peu avant de retourner au cinéma.
AURELIEN

Posté par aurelienmerle à 19:00 - Critiques de films - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


Je suis une légende

je_suis_une_legendede Francis Lawrence - USA 2007

RACCORD D'OR

ATTENTION SPOILERS EN DEBUT DE CRITIQUE : Et oui, je l'attendais avec une grande impatience ce film. Après avoir lu le chef d'oeuvre culte de Richard Matheson 3 fois, après avoir écouté plusieurs fois la version "livre-audio", je tenais à le voir et vite ... j'y suis donc allé vite mais tout en sachant que au minimum la fin avait été changée dans le but avoué de pouvoir faire une éventuelle suite en cas de gros succès ... J'ai eu aussi l'occasion de voir la version de 1971 avec Charlton Heston qui à mon goût a super mal vieilli en plus d'être grave nulle et à la limite raciste car la plupart des vampires sont des blacks et le gentil est un bon petit blanc fan des armes à feu comme tout le monde le sait. Enfin bref, il me restera à voir les deux autres versions dont celle sortie direct-to-dvd avec Marc Dacascos qui doit être une belle M.... j'en suis sûr. Mais bon revenons à nos moutons, il faut être honnête, ils n'ont gardé que la base de l'histoire du livre, c'est à dire un virus qui tue des gens et en transforme d'autres en vampires assoiffés de sang ... ils ont repris aussi la plupart des personnages du livre, Robert Neville, le chien (en l'occurence, une chienne), les vampires (sans le pote de Robert qui chaque nuit l'appelle), la femme rencontrée à l'extérieur (avec quelques différences dans le personnage) ... et ils ont changé le reste, il y a un enfant en plus, le chien est avec Will Smith dès le début et j'en passe ...

PLUS DE SPOILERS : A mon grand étonnement tout cela n'a pas changé mon avis sur le film. Le scénario est bon et le film est très bien filmé dans les scènes d'actions notamment. Will Smith est plus que très bon dans son rôle, gardant toujours une part pour les quelques vannes habituelles. Et la fin, bien que différente du livre est quand même réussie. Petit manquement, j'aurais aimé en voir un peu plus sur "l'avant" bien que le secret ait aussi son charme. Les vampires sont eux aussi particulèrement réussis, effrayants même (dire que je suis rentré tout seul de nuit après avoir vu le film). En bref, que vous ayiez lu le livre ou pas, je vous invite vraiment à aller voir ce film, bien loin des "Résident Evil" et autres films de zombies (que j'apprécie beaucoup au passage), il offre une autre vision plus proche de "28 jours plus tard" (sans être tout à fait au même niveau) aux côtés duquel il n'aura pas à rougir. Très probablement, LE film de l'année pour moi, j'attendrais avec hâte sa sortie DVD. Seul bémol, ils ont profité de la sortie du film pour ressortir le livre de Matheson, mais avec une grosse erreur à mon goût, ils ont collé l'affiche du film en couverture alors que les deux histoires ne se correspondent pas ... j'aurais nettement préféré une version livre de l'histoire du film avec des détails et tout ... patience il sortira peut être ... d'ici là, allez le voir vous me remercierez !
AYMERIC

Posté par morpheus2316 à 17:16 - Critiques de films - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mercredi 26 décembre 2007

La Graine et le Mulet

graine

De Abdellatif Kechiche - France 2007

PAS RACCORD


Ah comme j’aurais aimé aimer ce film !! Vraiment, après la gifle qu’avait été « L’esquive » et son approche tellement originale de la vie des banlieues via un réjouissant choc des cultures (« Manu, descend, on répète du Marivaux dans la cour de l’immeuble !!»), le nouveau long métrage de Kechiche était attendu par une grande partie de la critique et aussi par quantité de cinéphiles qui retrouvent chez ce réalisateur un peu de la verve naturaliste d’un Maurice Pialat…
Hélas, « La graine et le mulet » est un film qui faute par générosité ; non pas qu’il soit exempt de qualités, mais son étirement sur plus de deux heures ne lui rend pas service. L’histoire, celle d’un ancien ouvrier du port de Sète qui veut ouvrir un restaurant sur un bateau, est prétexte à un film choral dont l’ambition est de mettre en scène toute une famille de façon plus ou moins décousue.
Formellement, ce qui est regrettable dans cette entreprise, c’est cette volonté d’être absolument dans la démonstration car on se rend compte assez vite que Kechiche a adopté un parti pris visuel assez exténuant à suivre pour le spectateur. J’en veux pour preuve la longue scène de repas en première partie qui est un moyen de caractériser tous les membres de la famille autour du couscous dominical. Au moyen de deux caméras, l’enjeu est de nous faire comprendre que cette addition de visages à coups de gros plans insistants et que cette truculence si particulière (parfois tellement drôle !!) n’est jamais que l’expression de la vie et rien que de la vie très colorée des moeurs maghrébines. Mais ce n’est pas pour autant que cela rend le film vivant, au contraire, cela le rend pesant et sans rythme. Faire durer une scène pour laisser passer pleinement un sentiment, une émotion, certes, mais au-delà cela devient lourd et lancinant jusqu’à l’ennui.
"Qui trop embrasse mal étreint" dit le proverbe, et ça résume à peu près le résultat. Et ce procédé d’étirement se répète à plusieurs reprises dans le film et contraint malheureusement à faire plein d’ellipses (la rénovation du bateau expédiée en deux scènes, la relation de M. Beiji avec la patronne de l’hôtel quasi inexistante…) ; quant à la dernière partie du scénario, elle est motivée par un suspense « couscoussier » à la fois drôle, tragique et émouvant mais au final assez invraisemblable. Ce déséquilibre se sent moins dans la direction d’acteurs, heureusement, surtout quand on sait qu’ils sont presque tous non professionnels. Ainsi la jeune Hafsia Herzi crève l’écran et fait preuve d’une énergie et d’une gouaille exceptionnelle et démontre un talent inné pour le jeu, aussi à l’aise dans la comédie que dans les scènes d’émotion. Dommage que la figure centrale du film, M. Beiji, incarné par Habib Boufares, soit dirigée de façon si monotone lors de la scène d’ouverture du restaurant, où il n’arrache pas un sourire et reste désespérément coincé. Un mystère. Reste que son personnage d’ouvrier fatigué est assez touchant dans les scènes de solitude comme dans la conclusion. A noter, la contribution réjouissante de Bruno Lochet, ex Deschiens, j’en viens presque a regretter qu’il n’ait pas plus de scènes à défendre.

Ceci admis, il faut constater que dans l’ensemble Kechiche reste cohérent avec sa démarche de film en film : il cherche simplement à raconter une histoire d’intégration sociale autour d’un projet collectif que ce soit le théâtre comme dans « L’esquive » ou la restauration dans le film qui nous occupe. C’est une démarche qui fait sens avec, en arrière plan, la volonté de mettre en perspective deux générations d’immigrés, celle des parents et celle de leurs enfants, entre tradition et modernité, par le biais d’une retentissante galerie de personnages. Démarche louable et humaniste mais dans le cas de « La graine… » il eut fallu plus de modestie et moins de lourdeurs stylistiques. D’où cette impression mitigée envers une œuvre sincère mais terriblement complaisante.
JOLYON

Posté par morpheus2316 à 11:15 - Critiques de films - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

vendredi 14 décembre 2007

Un baiser s’il vous plaît

Affiche de Emmanuel Mouret - France 2007

Le cinéma d’Emmanuel Mouret est un cinéma sucré. On y entre comme un enfant entrerait dans une boutique de confiseries, avec une insouciance gourmande. A la fois acteur, scénariste et réalisateur, Emmanuel Mouret a imposé un style subtil, élégant et décalé dès son premier film « Promène-toi donc tout nu », moyen métrage sorti en 1998, très remarqué par la critique. En cinq films, il invente un univers tout à fait unique dans le cinéma français contemporain, auquel il est difficile de résister. Charmeur de mots, il nous emporte dans un monde couleur pastel, à la fantaisie drôle et lumineuse.
« Un baiser s’il vous plaît » est une nouvelle variation sur le thème du badinage amoureux. Une fois n’est pas coutume, Emmanuel Mouret utilise le mode du récit à tiroir. Lors d’un déplacement à Nantes, Emilie (Julie Gayet) fait la connaissance de Gabriel (Michaël Cohen) ; ils se sentent immédiatement attirés l’un par l’autre mais Emilie se refuse à l’embrasser. Elle explique sa résistance en lui racontant l’histoire d’Edith (Virginie Ledoyen) et de Nicolas (Emmanuel Mouret), deux meilleurs amis qui virent leur vie bouleversée suite à l’échange d’un baiser. Eh oui, un baiser est-il vraiment sans conséquence ?
Partant d’une intrigue au demeurant très simpliste, Emmanuel Mouret s’amuse à jouer avec les codes du désir amoureux. Incarnant comme à son habitude le rôle du jeune premier, candide et maladroit, il opère, sous ses airs de faux ingénu, une réflexion sur l’amour et la séduction ; mais ce dernier opus peine à retrouver la grâce de « Changement d’adresse », son film précédent sorti en 2006. Le couple Mouret-Ledoyen ne dégage pas l’harmonie magique de celui qu’il formait avec Frédérique Bel. La comédienne révélée par Benoît Jacquot semble mal à l’aise dans l’univers mouretien, dont elle n’arrive pas à partager la folie douce. Il en résulte une tendance à la récitation, incompatible avec la tonalité loufoque du film. Cette erreur de casting est d’autant plus regrettable que le cinéma d’Emmanuel Mouret est un cinéma de personnages et par conséquent de dialogues. C’est même la marque de fabrique du réalisateur ; on parle beaucoup dans les films de Mouret, la parole opérant le plus souvent une digression dans le récit. Jonglant constamment avec le registre tragi-comique, elle est le moteur principal de l’action. L’histoire de Nicolas et d'Edith est introduite par la confidence d'Emilie à Gabriel. L'image suit, comme illustration du secret dévoilée... Sans doute que cet enchâssement de récit a quelque chose d'assez superficiel. Ce qui fait le film, c'est finalement la 2ème intrigue à savoir les conséquences du baiser échangé. Le rencontre d'Emile et de Nicolas n'est qu'une paranthèse, un prétexte à la mise en abîme. En cela, la simplicité narrative de "Changement d'adresse" faisait mouche.
Prenant à contre-courant nos habitudes cinématographiques, Emmanuel Mouret séduit par une écriture décalée dont l’apparente candeur confine à l’absurde. Les interrogations et les réponses des personnages sont ridicules de préciosité et d’artifices et c’est dans cet équilibre-là que le rire survient. Aussi, on lui pardonnera bien volontiers de s’être égarer avec Virginie Ledoyen. L’écriture burlesque de Mouret n’est pas sans rappeler celle de Woody Allen et sa fantaisie colorée, celle de Jacques Demy. C'est dire s'il vaut la peine d'être découvert...
GERALDINE


RACCORD

J'ai assez répété ici tout le bien que j'avais pensé de "Changement d'Adresse", le précédent film d'Emmanuel Mouret, pour ne pas vous cacher que j'attendais ce nouveau film avec autant d'impatience que de crainte. L'impatience d'abord, car la thématique des conséquences imprévues d'un simple baiser, en plus de m'intéresser pour des raisons strictement personnelles et ultraconfidentielles (non n'insistez pas je ne vous raconterai pas), cette thématique donc me semblait offrir un nouveau terrain de jeu idéal au talent d'Emmanuel Mouret. Et la crainte aussi, car tenter de faire aussi bien que "Changement d'Adresse" tout en restant dans un cinéma léger sur le badinage amoureux, doucement bourgeois, était casse-gueule. Comment éviter les redites et les airs de déjà-vu alors que le cinéaste se remet à nouveau en scène dans son personnage fétiche de séducteur bavard et maladroit, un peu à la manière de Woody Allen?
D'abord en enchâssant deux récits l'un dans l'autre. Ce procédé n'a pour moi rien d'artificiel et maintient une tension et une beauté dans la rencontre entre les personnages incarnés (et comment!) par Julie Gayet et Michaël Cohen. La chute du film n'en est que plus jolie et émouvante. Et puis en opérant un virage dans le ton : alors que la légèreté est au rendez-vous, le dernier tiers du film vire sans qu'on n'y prenne garde à la tragédie miniature. Fini le badinage, terminées les amours légères, il est temps d'ouvrir les yeux sur leurs conséquences.
Ce qui fait la réussite du film, une nouvelle fois, c'est l'écriture d'Emmanuel Mouret qui, pour moi, atteint des sommets dans cette scène d'amour, la plus anti-pornographique qui puisse exister probablement: on ne voit quasiment rien, la scène s'étire en longueur grâce à beaucoup de plans séquences, des dialogues épars mais terriblement drôles, et puis un réel érotisme rien qu'en filmant une main frôlant des tissus... Un vrai morceau de bravoure que cette scène, maîtrisée à la fois dans sa dimension sensuelle et burlesque, bravo.
Malheureusement, je suis désolé de l'accabler mais Virginie Ledoyen n'est une nouvelle fois pas à sa place dans ce film. Elle se calque sur le ton d'Emmanuel Mouret, acteur, sans parvenir à donner le petit grain nécessaire à son personnage. J'ai toujours un mauvais a priori sur cette comédienne, et c'est encore confirmé ici...
Dommage car dans l'ensemble, "Un baiser, s'il vous plaît" remplit largement son contrat, offrant une comédie sentimentale véritablement originale et décalée, remplie du "charme désuet de la bourgeoisie".
AURELIEN

Posté par morpheus2316 à 12:20 - Critiques de films - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

vendredi 7 décembre 2007

De l’autre côté

Affiche

de Fatih Akin - 2007 Allemagne

RACCORD

Chef de file du renouveau cinématographique allemand, Fatih Akin est un artiste polyvalent -DJ, documentariste et réalisateur de fictions- et engagé sur les problèmes de notre temps. Trois ans après « Head on », qui l’avait fait découvrir du grand public, Fatih Akin revient avec « De l’autre côté », sorti en salle le 14 novembre dernier. Prix du scénario au dernier Festival de Cannes, le film surprend par une intrigue complexe, racontant le destin de six personnages, naviguant entre l’Allemagne et la Turquie. Le pari de la multiplication des points de vue était périlleux, tant le risque de dérive est grand avec ce type de narration; au lieu de ça, Fatih Akin réussit cette croisée des chemins d’une main de maître, preuve qu’il est grand scénariste et un grand cinéaste.

Quelques mots d’abord de l’écriture du scénario, qui éclaire sur les choix de mise en scène. De l’aveu même de Fatih Akin, elle a été fragmentaire, conçue comme un puzzle sans véritable ligne directrice. Bien sûr, le cinéaste avait dans l’idée que « De l’autre côté » serait le deuxième volet d’une trilogie intitulée « L’amour, la mort et le mal », commencée avec « Head On ». Sa motivation première était de poser des questions sur le genre humain. Ce questionnement existentiel formait donc la matière créatrice du réalisateur, à partir de laquelle la narration a pris forme. On perçoit ce tâtonnement dans le film par l’errance des personnages dans leur quête affective ou identitaire et par un montage volontairement anachronique.

Le titre aurait pu être « Des deux côtés » avec la scission du film en deux grands chapitres « La mort de Yeter » et la « Mort de Lotte », dont la dernière partie, intitulée « De l’autre côté » forme l’épilogue. Tous deux se déroulent simultanément -même cela n’est chronologiquement pas le cas dans le film- et les changements géographique sont les mêmes –début en Allemagne et fin en Turquie. Le premier chapitre s’attache à développer la rencontre d’Ali Aksu avec Yeter, une prostituée d’origine turque comme lui. La solitude de ses deux êtres constitue le point d’ancrage du récit. C’est pour combler son besoin d’affection qu’Ali demande à Yeter de s’installer avec lui, malgré les réticences de son fils, Néjat. Celle-ci blessée dans sa chair par la disparition de sa fille, Ayten, accepte le marché, peut-être dans l'espoir de retrouver sa dignité perdue. La culpabilité de Néjat, ressentie après la mort accidentelle de Yeter va le pousser retourner en Turquie, sur les traces de la fille disparue. Le deuxième chapitre se concentre, lui, sur le personnage d’Ayten et de sa rencontre avec Lotte Straub. Séduite et fasciné par le charme d’Ayten, Lotte abandonnera tout pour sauver cette dernière, emprisonnée en Turquie suite à son expulsion d’Allemagne. Les scènes des deux cercueils, clôturant les deux premiers chapitres, celui de Yeter, rapatrié vers la Turquie, et celui de Lotte, vers l’Allemagne, se font échos et associent tragiquement la destinée des deux familles, Ali et Nejat Aksu et Susanne et Lotte Straub. La troisième partie, au titre éponyme de celui du film, est le temps du deuil. Arrivée à Istambul, Susanne, la mère de Lotte, suit les traces de sa fille, comme un dernier hommage. Sa douleur, sa culpabilité de ne pas avoir su être à l'écoute, sont magnifiquement restituées par le jeu pudique et délicat de Hana Shygulla, actrice fétiche de Fassbinder.

Le choix d’un montage alterné semblait à fortiori mieux adapté au genre du film choral. Fatih Akin assume ce traitement linéaire de l’action et cela contribue même à renforcer sa force dramatique. Il s’est fallu de peu pour que mère et fille se retrouvent. C’est d’ailleurs un des grands intérêts du film que de réussir à reconstituer, à travers la rencontre à priori invraisemblable de ces personnages, l’importance du hasard dans le cours de nos vie. On ne sait jamais de quoi demain sera fait. De la même manière, chacune des deux morts est le résultat d’un acte gratuit ; Yeter meurt accidentellement, poussée par Ali, aveuglé par l’alcool et Lotte est tuée par un enfant, inconscient de son geste. La fortuité de ses deux morts démontre de la vanité de l’existence. Et plus Fatih Akin cherche des réponses, plus il s’interroge.

L’engagement du cinéaste est évidemment très présent, moins politique qu’intime d’ailleurs. En abordant des thématiques qui lui sont chères et qu’il connaît parfaitement puisqu’il a une double culture, il nous invite à réfléchir sur ce qui définit l’identité d’une personne. Est-ce le lien du sang ou celui de la terre ? Fatih Akin offre ici sa vision de l’immigration, non pas par l’assimilation ou le communautarisme mais bien par un dialogue fragile et pudique. Il n’y a pas de solution miracle pour régler l’immigration. Il y a juste la revendication d’un droit à la liberté de chacun, celle d’aimer et d’affirmer sa différence. C’est peut-être ça aussi la magie de « De l'autre côté », questionner le spectateur dans son rapport à l’autre sans jamais prendre position. La suggestion n’est-elle pas le propre du dialogue ?
GERALDINE

Posté par morpheus2316 à 12:41 - Critiques de films - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

dimanche 2 décembre 2007

La nuit nous appartient

Affiche

De James Gray - USA, 2007

PAS RACCORD DU TOUT!!!

La famille et son délitement est décidément très à la mode chez les cinéastes américains ! « 7h58, ce matin-là » de Sydney Lumet et « Le rêve de Cassandre » de Woody Allen traitent tous deux d’une fratrie basculant dans la criminalité ; si le premier est un modèle de film noir, le deuxième, lui, déçoit par un traitement consensuel et paresseux.
« La nuit nous appartient » reproduit le même schéma tragique mais à la consensualité du film de Woody Allen, s’ajoute un psychologisme de comptoir proprement odieux. S’il y a un cinéma qui fait me sortir de mes gonds, c’est bien le cinéma américain quand sous couvert de dénoncer les travers de sa société, il s’égare dans un discours parabolique autour du combat entre Bien et Mal.
Dans « La nuit nous appartient », le Bien est incarné par le père, Burt Grusinsky (Robert Duvall, parfait comme toujours) et son fils, Joseph (Mark Wahlberg), tous deux flics, menant une croisade contre le trafic de drogue à New-York. Le Mal, lui, prend la forme de Bobby (Joaquin Phoenix), jeune fils prodigue, vilain petit canard du clan Grusinsky dont le malheur est d’être le gérant d’une boîte à la mode. Il n’est même pas dealer ou proxénète, non, il travaille dans le milieu de la nuit et ça chez les Grusinsky, ça ne se fait pas. Eh, faut pas déconner, chez eux on est flic de père en fils et on se tape sur l’épaule en gage d’affection, signe imparable de la virilité vu par Hollywood.
Pourtant, le film avait commencé en fanfare, avec une scène d’ouverture torride, où Eva Mendes se masturbe sur un canapé. Le rythme trépidant des premiers plans laissait présager des sommets. L’univers de la fête et des clubs dans le New-York des années 80 est parfaitement reconstitué avec la musique de Blondie en prime ! Bobby est alors un jeune loup flamboyant, de la génération sexe, drogue et disco ; un vrai mec, quoi ! Et on y croit d’autant plus que Joaquin Phoenix est crédible dans son rôle de bad boy et Eva Mendes, dans celui de la bimbo passionnée. Seulement, voilà, au bout d’une demi-heure, le frère flic se fait tirer dessus sur ordre du nouveau parrain de la drogue Vadim Nezhinski, client régulier de la boîte de Bobby. Ce dernier doit alors choisir son camp. Lequel ? Je vous le donne en mille, celui du Bien, évidemment !
A partir de ce moment, c’est l’hécatombe… Les scénaristes de « La petite maison dans la prairie » n’aurait pas fait mieux ! « La nuit nous appartient » bascule dans un déluge de bons sentiments, où le fils prodigue opère sa rédemption. Il pousse même le vice jusqu’à devenir flic… Honnêtement, ce n’est pas possible de tenir presque 2 heures sur ce registre-là et de nous l’infliger frontalement comma ça ! Le ridicule le dispute au pathétique et quand Bobby revêt son uniforme du New-York Police Department, là, c’est la franche rigolade.
Séquence après séquence, le film s’enfonce dans la peinture écœurante des retrouvailles familiales du clan Grusinsky, décidé à en finir avec le méchant Vadim Nezhinski. La scène où Bobby triomphant, sort du champ de blé est du Schwarzi réchauffé ; et les dialogues… C’est à se demander si la grève des scénaristes n’a pas commencer en 2006 ! Ainsi, on entend fuser des répliques du style « si tu fais dans ton pantalon, t’as pas chaud longtemps » ou encore « si on épouse un singe, faut pas s’étonner qu’il mange des bananes »… Assurément, c’est du lourd!
Le dernier James Gray est un navet retentissant qui me fait dire que l'idiome « Famille, je vous hais » a du bon finalement....
GERALDINE

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RACCORD MOYEN

Pour ma part , je serai moins virulent que Géraldine sur le film de James Gray dont j'ai aimé l'ambiance ainsi que les acteurs  et dont le scénario assorti d'une thématique "familiale"  (la filiation, la fraternité) le rapproche beaucoup du dernier film de Cronenberg. L'ombre des "Infiltrés" de Scorsese plane aussi sur ce film, dans le registre "Film noir new yorkais" et peut-être à cause de la présence de Mark Whalberg, qui joue dans les deux films...Seuls gros défauts à mon sens : un relatif manque d'épaisseur psychologique, ne serait-ce que pour explorer les liens entre les deux frères et leur père (l'excellent Robert Duvall) et puis la dernière partie du film qui, c'est vrai, ressemble trop à un épisode des experts ou de F.B.I. et c'est dommage...
JOLYON

Posté par morpheus2316 à 11:37 - Critiques de films - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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