RACCORD... PAS RACCORD !!

Le blog de l'émission RACCORD... PAS RACCORD : chroniques et infos cinéma un mardi sur deux à 20h sur Radio G! 101.5 FM ou www.radio-g.org

samedi 12 janvier 2008

It’s A Free World!

Affiche

De Ken Loach - GB, 2007

RACCORD

La sincérité de Ken Loach est indéniable tant l’unité de sa filmographie parle d’elle-même ; de « Pas de larmes pour Joy » à « My name is Joe » en passant par « Raining stones », son cinéma fait preuve d’une constante rare ; depuis près de 40 ans, il dénonce les injustices de la société britannique, au point d’être considéré, comme il le dit lui-même, comme « le travailleur social du cinéma britannique ». Ne dérogeant pas à la règle, « It’s a free world », dernier opus du cinéaste, est un violent pamphlet contre les dérives d’une mondialisation aveugle, avec l’exploitation des travailleurs immigrés.
La singularité et la force du film reposent essentiellement sur la métamorphose morale de l’héroïne, Angie, la remarquable Kierston Wareing, curieux mélange de blondeur angélique et de dureté thénardiesque.
Au départ, elle fait figure de mère courage, obligée de supporter les mains baladeuses de ses collègues, les ennuis scolaires de son fils Jamie et le regard inquisiteur de ses parents, réprouvant son mode de vie. On retrouve bien évidemment ici le contexte socio-culturel cher à Ken Loach et son mode opératoire, la forme au service du contenu. Seulement, le cinéaste va plus loin que d’habitude dans son portrait non plus extérieur mais intérieur de la barbarie moderne. Comment? Par la relation ambigüe qu'il entretient avec son héroïne. Au fur et à mesure de l'intrique, celle-ci se dénature; de victime, Angie devient bourreau. Son licenciement abusif l’accule à monter illégalement, avec sa colocataire, une société de travail clandestin. L’exploitation économique des laissés pour compte de la mondialisation sera son gagne-pain. Sa soif de revanche sur la société est telle qu’elle finit par être un monstre de cynisme, utilisant sa main d’œuvre selon son bon-vouloir, comme en témoigne la séquence où elle demande à l’un de ses employés de satisfaire son besoin sexuel. La légèreté avec laquelle elle abdique à sa conscience morale est fascinante et l’on comprend dès lors que rien ni personne ne l’arrêtera.
On serait tenter de s’interroger sur les raisons d’un tel virage. Angie est un pur produit de l’ultra libéralisme ; elle ne connaît pas d’autre système que celui régi par la loi du plus fort. C’est donc avec les même armes que ses anciens employeurs qu’elle va répondre à l’injustice qui lui a été faite. Décrivant une femme, rendue inhumaine par la force des choses, gouvernée par l’instinct de survie, Ken Loach établit un parallèle entre le monde animal et le libéralisme économique, assimilant les êtres à des bêtes féroces. Le coup de téléphone passé au service d’immigration est d’une insoutenable cruauté. L’ennemi est intime et Angie signe sa propre condamnation. Il n’y a plus d’échappatoire possible dans sa quête insatiable de profit ; et, à la fin, c’est elle l’employeur-bourreau, abusant de la crédulité des travailleurs polonais ; la boucle est bouclée.
« It’s a free world » est donc une œuvre majeure dans la carrière du cinéaste britannique. L’ironie induit par le titre, nouveau chez Ken Loach, signe son désespoir devant le cynisme du monde du travail.
GERALDINE


RACCORD

Après "Le Vent Se Lève", belle Palme d'Or à Cannes en 2006, beau succès critique et public, Ken Loach revient avec un film qui vient affronter plus directement notre époque. De nos jours à Londres, Angie, une jeune prolo, se fait virer de son boulot pour s'être refusée à un harcèlement sexuel. Son boulot consistait à aller recruter de la main d'oeuvre pas chère en Europe de l'Est: ou comment les prolos se font chasseurs de tête pour des encore plus prolos qu'eux. Virée, elle décide de se prendre en main et de monter sa propre affaire avec le peu d'argent de de relations qu'elle a. "It's a free world" bien sûr! Le monde de l'entreprise! Chacun peut devenir son propre patron et créer sa propre affaire dans ce monde libre.
Mais toute l'ironie de Ken Loach est déjà contenue dans le titre. Toujours préoccupé des questions de classes sociales, le réalisateur brittanique nous montre la rapide transformation de cette femme dynamique, entreprenante, devenue patron par la force des choses.
"It's A Free World!" est un film dont le parti pris est clair mais qui échappe à tout manichéïsme en ne condamnant jamais ses protagonistes car le monde n'est pas divisé en victimes et en bourreaux. Géraldine a déjà dit l'essentiel sur ce film alors je n'y reviens pas. Mais je ne suis pas d'accord: Angie ne passe pas de victime à bourreau. Angie aurait tout l'air d'un ange. Elle pourrait être l'héroïne d'une magnifique "success story" moderne. Mais même lorsqu'elle entreprend, elle subit. Elle est toujours obligée d'accepter et de se plier aux règles d'un jeu qu'elle n'a pas choisi. Où est la liberté dans ce monde libre là?
A la sortie du film, une bonne claque que ce nouveau Ken Loach servi par une actrice épatante, Kierston Weiring. L'année cinéma commence très bien!
AURELIEN

Posté par morpheus2316 à 19:36 - Critiques de films - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Salut les raccordeurs (et collègues gésiens), je viens apporter mon maigre avis sur ce film que j'ai vu récemment : j'avais un peu peur en voyant le sujet du film (encore du Ken Loach pur souche !!)... et à l'arrivée, monsieur Loach s'en tire très bien avec un sujet pas évident, en évitant tout manichéisme, grâce à la profondeur des personnages (leurs doutes, leurs faiblesses,...). Bref, un beau Ken Loach...

wilepiq (des "Epi(cu)riens", le mardi soir aussi sur G!)

Posté par wilépiQ, vendredi 18 janvier 2008 à 16:37

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