samedi 23 février 2008
Capitaine Achab
de Philippe Ramos - FRANCE, 2008
TRES RACCORD!
On se souvient de la dernière adaptation du célèbre roman
d’Herman Melville, « Moby Dick » de John Huston (1956) ; si pour
le réalisateur de « La grande évasion », ce film restera le plus
périlleux et le plus complexe de sa carrière (deux ans de tournage, production
en extérieur rarissime pour l’époque, dépassement de budget de 50%), il demeure
un chef d’œuvre du film d’aventure, l'histoire d'un homme ravagé par un
instinct de vengeance.
Prenant à contre-pied l’odyssée marine de Huston, Philippe
Ramos a imaginé une version étonnante, plus personnelle et très dépouillée, du
roman de Melville, en choisissant de raconter toute l’existence du capitaine
Achab, de la naissance à la mort -et non pas une étape de sa vie, comme c'est
le cas dans « Moby Dick ». Sur les cinq chapitres du film, quatre
sont une création pure, seul le dernier tableau « Starbuck » croise
le roman de Melville. Au spectaculaire, Philippe Ramos –dont c’est le 2ème
long-métrage- a préféré l’intime, entre onirisme et simplicité réaliste.
Portrait d’un homme, qui finira par devenir l’emblème du héros d’aventure,
« Capitaine Achab » s’attache à raconter le comment et le pourquoi
d’une telle destinée.
Le plan d’ouverture, absolument superbe, d’une blancheur virginale,
dévoile le sexe de la mère morte en couche, bientôt recouverte de son linceul.
A peine né et déjà orphelin, un destin marqué du sceau du malheur. Elevé pour
un temps par un père homme des bois (Jean-François Stévenin), puis par sa tante
Rose (Mona Heftre), une bourgeoise bigote, le jeune Achab grandit seul, sans
attache, avec pour seuls compagnons, la vieille bible de sa mère et le
médaillon de la belle et sauvage Louise, qui le suivront jusqu’à la mort.
L’identité d’Achab se construira en rupture avec tous les modèles d’éducation
qui lui seront imposés. Plus tard, recueilli par le pasteur Will Adams (Bernard
Blancan), il découvrira la mer, unique salut de cette âme éperdue.
Le choix de la voix off comme outil narratif principal
fait penser les personnages à haute voix et ouvre le film à une surprenante
variété de style. Jamais on entendra la version d’Achab ; toujours, la
voix de l’autre qui, acteur ou spectateur, parlera de cet être, échappant à
tous les cadres, à toutes les définitions.
Le
travail du chef-opérateur, Laurent Desmet, est rare et
saisissant. La picturalité très sophistiquée -cadres, composition des
plans,
lumière- met en image l’imaginaire poétique de Philippe Ramos ; on
garde longtemps en mémoire l’image finale d’un Achab géant dominant
l’océan,
scintillant d’une lumière venant du fond des eaux, allégorie
éblouissante de la
baleine Moby Dick. Porté par des comédiens remarquables, presque tous
issus du
théâtre -Denis Lavant, Dominique Blanc, Carlo Brandt, Jacques Bonnaffé,
Mona
Heftre, etc.- « Capitaine Achab dépoussière le film historique. Il est
une
vraie expérience cinématographique dont on ressort fasciné et admiratif.
En bonus, la prestation de Philippe Katerine en dandy
XIXème, absolument jubilatoire ! Présenté en Sélection Officielle en
Compétition au Festival de Locarno 2007, « Capitaine Achab » a été
récompensé par le Prix de la mise en scène et Prix Fipresci (presse
internationale).
GERALDINE
lundi 18 février 2008
Cloverfield
TRES BON RACCORD
Bon, c'était le film que j'attendais avec impatience en ce début d'année, et oui, ça fait pas moins de 8 mois que tout une communauté d'internautes attendait de voir ce "monstre". Tout à commencé en Juillet 2007, quand le producteur JJ Abrahms laisse trainer sur la toile un teaser où on voit des jeunes faire la fête, une espèce de cri, une explosion et une statue de la liberté qui perd la tête ... et jusque fin 2007 il ne dit rien de plus, ou pas grand chose. Alors le buzz s'est tout naturellement crée autour de ce "champ de trèfles" (ah oui, ne cherchez pas de correspondances entre la traduction du titre et le film, y'en a pas !). L'attente fut longue et même si tous, on s'était fait notre idée, le final est malgré tout à la hauteur. Je suis juste resté un peu étonné de voir que les acteurs qui était censés être plus au centre du film que le monstre, ne ressemble pas à grand chose finalement, ils jouent pas bien, faut être honnête, mais bon ce sont des illustres inconnus dans le monde du cinéma ... Et ce monstre, je le trouve super réussi, bien loin de Godzilla comme certains ont pu le dire. Il est bien plus effrayant que Godzilla même si c'est bel et bien ce dernier qui a inspiré JJ Abrahms. Le film n'est pas trop long et ça peut s'expliquer simplement selon moi, d'une part Matt Reeves est plutôt un habitué des séries et le fait qu'il soit filmé caméra à la main fait que ça bouge beaucoup et que la courte durée nous évite d'avoir des retournements d'estomacs. Cependant cette façon de filmer nous fait vraiment entrer dans le film, on court avec eux, on fuit avec eux et surtout on a peur avec eux, c'est ça qui est bien ! En bref, même si le scénario ne casse pas des briques (contrairement aux monstre qui n'a pas de nom d'ailleurs), même si les acteurs sont moyens, on aime ça et on veut en savoir plus sur ce "bébé" (aux dires du producteur) qui viendrait des profondeurs des océans pour tout casser, alors y'a pas le choix messieurs, offrez-nous une suite, mais ne la ratez pas !
AYMERIC
John Rambo
de Sylvester Stallone - USA 2008
Raccord ... et oui !
Oui Raccord quand même, à noter que je n'avais vu aucun des trois premiers opus avant de voir celui-ci complètement par hasard, car je suis pas vraiment fan du perso, ni même de l'acteur me direz vous, mais bon, 20 ans après le troisième et surtout après un Rocky Balboa qui n'était pas si mal, j'avais envie de voir ça. Et au final, malgré une histoire plus que banale, un Rambo vieillissant, bah c'est pas aussi nul qu'on pourrait le croire. Il faut quand même savoir (afin de prévenir les âmes sensibles) que c'est de la pure violence ce film ... Au début Rambo est tout calme, mais dès qu'il s'énerve, il dégomme du méchant à qui mieux mieux et il fait pas dans la dentelle le gars, rien que pour ça je dit que le film est bien, je voudrais surtout pas me le mettre à dos ... A côté de ça, comme je disais, y'a pas vraiment d'histoire, c'est juste une bande de gentils qui font de l'humanitaire et des méchants qui vont les enlever, ensuite y'a un John Rambo qui se trouve mêlé à ça sans le vouloir et qui va finir par retrouver le plaisir de truscider (pas sur de l'orthographe du mot) tout le monde comme au bon vieux temps. En bref, c'est pas un scénario psychologique, c'est violent, parfois même à la limite du gore (têtes coupées, bras et jambes arrachées, pov'type éventré ...), mais ça se laisse regarder ...
AYMERIC
mardi 12 février 2008
Juno
de Jason Reitman - Etats-Unis 2007
RACCORD
Après "Thank You for Smoking", Jason Reitman revient sur les écrans français avec une nouvelle comédie - et franche comédie - s'appuyant une fois de plus sur un sujet social et politique, marchant sur les plate-bandes habituellement réservées aux drames psychologiques ou au genre documentaire. Après le problème des lobbys, il s'attaque cette fois à l'avortement et à l'adoption. Sans discours moralisateur, Jason Reitman et sa scénariste Diablo Cody, que lui a présenté son producteur séduit par l'humour et le cynisme de son blog, brossent un tableau de moeurs décapant sur une jeune fille de 16 ans confrontée aujourd'hui à ces choix.
Il y a plus de cinquante ans, Juno serait devenue ce qu'on appelle une "fille-mère", mais aujourd'hui... que faire? Se faire avorter? Faire adopter l'enfant par un couple qui cherche à fonder une famille? Derrière ces questions très sérieuses se cache un personnage épatant de jeune fille à la langue bien pendue, pas si mature qu'elle n'en donne l'air, fan de rock période punk et de films gores, toujours pendue à son "téléphone-hamburger" comme on n'en fait plus avec sa meilleure amie.
Ce duo, disons le franchement, nous a rappelé assez nettement le duo Enid-Rebecca du film de Terry Zwigoff sorti en 2002, "Ghost World". On a également beaucoup rapproché "Juno" de "Little Miss Sunshine", mais attention, malgré ses qualités, "Juno" n'arrive pas à égaler ces deux mini chefs d'oeuvre du cinéma indépendant américain. Mais l'esprit est au fond le même. Amérique moyenne, personnages excentriques, scénario burlesque et improbable, dialogues qui fusent, reposant beaucoup sur le slang et les références à la "sous-culture" américaine (comics, rock, séries télé, etc.)... et ça fonctionne merveilleusement bien.
Ce qui empêche "Juno" d'arriver à la hauteur d'un "Ghost World" ou d'un "Little Miss Sunshine", c'est sans doute la relative faiblesse de son scénario qui pourrait se résumer en quelques phrases, malgré quelques rebondissements un peu prévisibles. Mais la force des dialogues et des personnages nous embarque du début à la fin, et la salle se gondole de rire à un rythme qui ne faiblit pas. Comme dans "Thank You For Smoking", Jason Reitman mise l'essentiel sur la qualité des dialogues et de l'écriture, et nous rappelle qu'il est tout sauf simple d'écrire une belle comédie. Il réalise à nouveau un très élégant générique et a su limiter ses effets de style à quelques séquences seulement, ce qui donne à "Juno" une facture beaucoup plus classique.
S'ajoute à cela une BO plus que présentable rassemblant entre autres le Velvet Underground, Belle & Sebastian et Kimya Dawson. Des choix très judicieux pour accompagner sans lourdeur l'histoire de notre héroïne qui vire, sans qu'on y prenne garde, à la comédie sentimentale, sans que ça ne dégouline ou colle aux doigts. Un film qui, pour finir, donne envie d'être amoureux et de jouer de la guitare. Beau programme.
AURELIEN
PS: à ma connaissance, dans la presse française, deux critiques ont parlé de "snobisme" à propos de ce film : ceux de Chronic'Art et Les Cahiers du Cinéma... Il m'arrive d'apprécier leurs critiques, mais c'est quand même l'hôpital qui se fout de la charité!
RACCORD MAIS...
Surfant sur la vague « Little
miss Sunshine » , « Juno » a tout les ingrédients d’une
comédie réussie : un excellent casting (drôlissime Ellen Page), des
dialogues hilarants, une esthétique colorée et une mise en scène enlevée. Malgré
une histoire un peu simplette -Juno, 16 ans tombe enceinte après avoir couché
avec son meilleur ami, Bleeker et cherche la famille d’adoption idéale-, il est
difficile de résister à cette comédie détonante, succès annoncé de ce début
d’année.
Labellisé « cinéma
indépendant », « Juno » de Jason Reitman –auteur du caustique
« Thank you for smoking »- en exploite les attributs : des
personnages marginaux, anti-héros un peu timbrés, en décalage avec le monde
dans lequel ils évoluent. A contrario de films insipides et vulgaires tels
qu’« American pie » ou « Scream », il renouvelle le film
d’ado dans son traitement original et piquant des rapports entre adolescents. Le choix
d’une héroïne volontaire, à la langue bien pendue, contraste
avec l’image de l’« ado-pétasse », faire-valoir potiche d'un machisme écœurant, de rigueur dans ce type de production. Ici, c’est
Juno qui impose les règles du jeu. Le message transmis est clair : faire
ce qu’il nous plaît, sans se préoccuper du regard des autres. Revendiquer la
liberté adolescente bouscule bien des tabous et crève l’abcès du politiquement
correct. Pour ça au moins, « Juno » donne du grain à moudre à
l’éternel débat autour de la relation parent-enfant.
Seulement
voilà, malgré
d’évidentes qualités, « Juno » a le désagréable revers de la comédie
calibrée « tout public ». A l’évidence, le producteur du film, Mason
Novick, a retenu la leçon du succès-surprise de « Little Miss
Sunshine ». Reprenant les mêmes ficelles, il a délibérément voulu
reproduire la même magie. Le problème c’est que à trop vouloir faire
rire,
« Juno » manque de spontanéité. Rien n’a été laissé au hasard ;
tout y est un peu trop calculé, en particulier les dialogues ; oui, ils
sont drôles, oui, ils font mouche, oui, on prend plaisir à entendre les
saillies facétieuses de ce petit bout de femme ; oui, oui, oui, mais
durant la
projection, il est difficile de se défaire d’une impression de
fabriqué. Les
réparties, travaillées à l’extrême, laissent peu de place au naturel et
le film
souffre de cette omniprésence de l’écrit. La grossesse de Juno n’est
qu’un prétexte
pour permettre à Diablo Cody, la scénariste déjantée du film,
d’exprimer
pleinement son style fantaisiste et son humour décapant. Cette manœuvre
est
vraiment regrettable, d’autant que « Juno », malgré ses efforts pour
être à la hauteur, n’arrive pas à retrouver la fraîcheur et le
rocambolesque du
road-movie de Jonathan Dayton et Valerie Faris.
Autre point gênant, la scène dans la clinique
d’avortement. Le personnage de la jeune femme à l’accueil –cliché de la jeune
fille paumée avec son look punk et ses allusions sexuelles déplacées- est
proprement ridicule voire révoltant. Quand on sait la menace qui pèse sur
l’avortement aux USA, le traitement aurait dû être plus subtil ; d’autant
que cette séquence est une astuce scénaristique pour justifier le choix de
l’adoption et assurer la suite du film.
Il
n’en reste pas moins que « Juno » est un bon film de divertissement et,
vu le niveau actuel des comédies françaises (je ne citerai pas de
noms!), on ne
peut qu’envier une telle créativité.
GERALDINE
mardi 5 février 2008
Telepolis
de Esteban Sapir - Argentine 2008
RACCORD
Alors que sort cette semaine une superproduction française paresseuse sur plus de 800 écrans, un petit film argentin inventif tente d'exister dans 8 salles de l'Hexagone : c'est sans doute ce qu'on appelle - sans rire - l'exception culturelle!
Originellement intitulé "La Antena", le titre du film a été traduit en "Telepolis", cherchant un peu trop à marquer une filiation pourtant discutable avec le "Metropolis" de Fritz Lang. Sous-titré "Quand la télévision devient une dictature", l'affiche veut aussi nous vendre un film politique là où il n'y en a pas. Le propos du film est bien trop simpliste et consensuel pour parler ici de "film politique". Poétique, d'accord.
Dans une ville de "carton" plongée sous la neige, dans un univers à la fois rétro et futuriste, les habitants ne se nourrissent plus que d'"aliments télé" et ont tous perdu leur voix. Presque tous puisqu'une femme mystérieuse, sans visage, est la seule et unique voix qui reste dans cette ville. Elle est chanteuse à la télévision, où on l'appelle "La Voix", et elle tente de cacher que son fils possède le même don. Le directeur de la télévision, M. TV, décide alors d'asseoir son pouvoir sur la ville en retirant aussi les mots des cerveaux des habitants. Supprimer le langage après avoir supprimé la parole.
L'histoire de "Telepolis", sans être catastrophique, constitue plutôt son point faible. Le scénario est faussement complexe, inutilement étiré en longueur, mais heureusement sauvé par un faux happy-end assez malin. Il faut considérer ce film comme une fable enfantine et naïve. Son véritable intérêt réside essentiellement dans son aspect visuel dont l'inventivité et la maîtrise font plaisir à voir. Ainsi que dans sa musique, qui en bon hommage au film muet, se doit d'être omniprésente. Si elle est effectivement de chaque scène, soulignant souvent certains effets visuels, jamais elle ne devient agaçante, au contraire. Bref, enfin une réalisation qui sort des sentiers battus!
Pourtant les hommages appuyés sont nombreux et le film pourrait parfois ressembler à une compilation de films de Méliès, de Fritz Lang et de l'expresionnisme allemand. On pense aussi à "1984" et aujourd'hui aux frères Quay, à Tim Burton, Michel Gondry... et Esteban Sapir, qui dans les festivals n'en est pas à son premier prix, est certainement un nom à surveiller. C'est beau, parfois très beau, souvent magique, et les trouvailles visuelles ratrappent largement les lacunes du scénario pour nous tenir en haleine.
Certes, il y a la poésie, il y a l'émotion. Mais où sont la tension et le suspense que le scénario réclame? Comment craindre un homme qui cherche à dominer une ville qu'il domine manifestement déjà? Et pourquoi recontextualiser cette histoire avec les symboles de la croix gammée et de l'étoile de David, dans un univers déjà suffisamment manichéen? Voilà à mon avis la principale grosse faute de goût de "Telepolis".
Sinon, le film est vraiment agréable à suivre du début à la fin - les séquences d'ouverture et de clôture qui mettent en scène une machine à écrire comme un piano sont vraiment sublimes - et, encore une fois, ce n'est pas tous les jours que les salles obscures nous offrent la possibilité de voir un film visuellement hors format. Alors s'il passe pas loin de chez vous, faites un détour et évitez le village gaulois.
AURELIEN
lundi 4 février 2008
Astérix aux Jeux Olympiques
De Frédéric Forestier et Thomas Langmann. France, 2006.
PAS RACCORD !!
"Astérix aux jeux olympiques" ou le film du paradoxe : un budget record, des effets spéciaux pointus, des décors pharaoniques, un défilé de stars et pour quel résultat ? Pour pas grand chose : dix minutes de rigolade, c'est tout. Autant dire que la montagne accouche d'une souris. Certes, d'un point de vue financier, les grands pontes du cinéma français ont de quoi se réjouir voire s' énorgueillir d'un succès annoncé qui va sûrement relancé la fréquentation en salle mais du point de vue purement cinématographique, c'est une grosse déception, un gachis absolu. Personnellement, j’attend encore le jour ou on fera une adaptation fidèle d'une bande dessinée d'Astérix de la première à la dernière page, car ici il s’agit encore d’une adaptationlibre qui se compose à 90% de scènes sans lien avec l'histoire originale et qui se contente d'additionner une série de gags mollassons et sans originalité. A l'évidence, le gros défaut du film, c'est l'absence d'une véritable écriture burlesque et cohérente. Car Thomas Langmann et Fréderic Forestier ne sont ni Goscinny ni Uderzo, et sont loin d'avoir l'inspiration décalée d'Alain Chabat par exemple. Du coup, ça rame tant que ça peu et à part quelques répliques et figures de style, voire quelques trouvailles sympas, on ne retrouve vraiment pas l'esprit et le ton de la BD. De plus, pour la deuxième fois consécutive, Astérix et Obélix sont encore relégués au second plan au profit du personnage de Brutus, incarné par un Benoit Poolvoerde qui s'impose à coup de grimaces et de pétages de plomb. Du reste, Poolvoerde, présent quasiment dans toutes les scènes, tire judicieusement la couverture à lui, jusqu'à figurer au milieu de l'affiche du film !!
Ce choix de mettre en avant un personnage secondaire de l'univers d'Astérix se révèle assez frustrant pour le fan de base. Oui, cela fait mal de voir nos héros traités ainsi,littéralement sous-exploités. D'autant plus que Clovis Cornillac est assez convainquant en Astérix, retrouvant le trait originel du gaulois et misant sur le côté râleur ; à côté de lui, Gérard Depardieu en Obélix est encore une fois génial, en tout cas les rares fois ou on peut le voir à l'écran. Les seconds rôles, qui sont légions, (Elie Semoun en juge grec, Alexandre Astier en centurion, José Garcia en sorcier-inventeur, Franck Dubosc en Assurancetourix, Francis Lalanne...) se partagent çà et là quelques bons mots, mais cela ne suffit pas à faire décoller le film.
Et puis il y a Alain Delon. Incontestablement, l'acteur avait l'aura et la présence idéale pour incarner Jules César et de ce fait, dés qu'il apparaît à l'écran, il est impressionnant. Maintenant, il est juste navrant que les scénaristes lui ai mis en bouche trop de répliques auto parodiques et des références un peu appuyées à sa filmographie ("César est un guépard, un samouraï, de la race des seigneurs, ect..."), quant à ses scènes avec Poolvoerde, les fameux pièges-gags inventés par Brutus pour éliminé son père, la plupart sont ratées, sans véritables chutes. Et puis Delon, même avec Poolvoerde en face de lui, donne la curieuse impression de jouer seul. Un vrai samouraï, finalement.
Rayon Guest stars de luxe (les sportifs célèbres), il faut attendre la conclusion pour voir débarquer Zidane, Amélie Mauresmo et Tony Parker dans un final qui ressemble à un espèce de bonus DVD ou Jamel Debbouze-Numérobis fait oublier en cinq minutes ce que Benoît Poolvoerde-Brutus a fait pendant une heure quarante. Mais lui ou un autre, c'est du pareil au même, il ne nous sauve pas de notre marasme. Quant on quitte la salle, l'impression qui domine c'est celui d'une tromperie sur la marchandise. Ou sont nos héros ? Pourquoi on a si peu ri ? Comment Uderzo a t-il pu cautionner une entreprise pareille ? Et pourquoi le char de Schumacher est-il rouge ? (ça je sais !!). Avec le recul, et malgré une petite poignée de scènes réjouissantes, on reste abasourdi par la médiocrité artistique d'un tel projet et par la complaisance médiatique qui l'accompagne. Alors, que reste-t-il à faire avant que le ciel nous tombe sur la tête ? Rentrer chez soi et relire Astérix, par Toutatis !!
JOLYON
RACCORD DE M.... !!!
Tout à fait d'accord avec ce que dit Jolyon, j'irais même jusqu'à dire que c'est du vol de faire payer les gens 10 € pour voir ce film. C'est une véritable arnaque. Je serais acteur je me cacherais si j'avais jouer dedans ... rarement je me suis autant ennuyé durant un film. Autant le deuxième m'avait donné mal au ventre à force de rire, autant celui-ci m'a presque donné envie de vomir tellement j'étais déçu ... Bref, n'allez surtout pas le voir, vous avez surement bien mieux à faire avec 10 €.
AYMERIC
samedi 2 février 2008
No Country for Old Men
Joël et Ethan Coen - USA, 2008
PLUS QUE RACCORD!!
D’abord une flagrante injustice : comment le jury du dernier festival de Cannes a-t-il pu passer à côté des frères Coen ? Présenté en compétition officielle, « No country for old men » est reparti bredouille : SCANDALE ! Il aurait dû recevoir le Prix du scénario –même s’il est réussi, « Head on » de Fatih Akin ne tient pas la comparaison- ou (et surtout !) le Grand prix -au lieu de l’ennuyant « Forêt de Mogari » de Naomi Kawase. Implacable, désenchanté, à l’humour noir ravageur, « No country for old men » marque le grand retour des frères Coen au genre dramatique depuis « Fargo » (1996). Il était temps !
Ne jamais, au grand jamais, prendre ce qui ne vous appartient pas, encore moins quand l’objet usurpé est une valise contenant 2 millions de dollars et que le lieu du forfait est jonché de cadavres, perdu en plein désert, à la frontière séparant le Texas du Mexique. N’importe qui aurait senti le coup fourré, pas Llewelyn Moss (Josh Brolin), cow-boy pur-sang, solitaire, entêté et téméraire; quand il met la main sur ce butin, il ne sait évidemment pas ce qu’il l’attend ; il ne sait pas qu’il a désormais à ses trousses, le terrifiant et implacable tueur, Anton Chigurh (Javier Bardem, hallucinant). Une chasse à l’homme sanglante s’engage, sous le regard impuissant du shérif Bell (Tommy Lee Jones), un homme vieillissant et sans illusions.
Au terme de deux heures haletantes, « No country for old men » est une « claque » cinématographique, une magistrale leçon de mise en scène, comparable aux « Infiltrés » de Scorcese ou plus récemment à « 7h58, ce matin-là » de Sydney Lumet. Ce film condense tout l’art des frères Coen, des dialogues taillés au rasoir, un casting et une direction d’acteur impeccable, l’immensité des espaces, trop grands pour l’échelle humaine, et surtout un univers empreint d’absurde et d’humour noir. Jonglant avec les genres du western, du film noir et du road-movie, ils se servent de leurs références pour inventer un style qui leur est propre.
Tour à tour, chasse à l’homme et réflexion sur la nature humaine, « No country for old men » transcende les limites du film de genre et offre une vision réaliste et acide du rêve américain. On en ressort saisi, ébranlé, tant la tension du film nous tient en haleine. Multipliant les points de vue, cette nuit du chasseur interroge notre capacité à soutenir la violence, plus précisément la violence gratuite. Quand le personnage de Anton Chigurh, sorte de terminator des temps modernes, pousse le cynisme jusqu’à suspendre le destin de ses victimes au jeu du pile ou face, l’ironie du sort est cruelle. Le traditionnel système de valeurs judéo-chrétien –le Bien, le Mal, le Pardon-, représentée par la voix le l'"old men", le shérif Bell , est incapable de rétablir sa loi. Anton Chigurh est un ange exterminateur, produit par la société contemporaine. S’impose alors un terrible constat, celui d’une dégénérescence inédite, contre-nature, qui, à l’image de cette géographie démesurée, assèche toute humanité.
Non, ce pays n'est plus fait pour le viel homme...
GERALDINE
TRES BON RACCORD !
Ah que ça fait du bien de voir un bon film ... (cf Astérix aux JO) ... un très bon film même. N'étant pas un habitué de ce genre de cinéma je ne suis pas plus fan que ça des frères Coen, et je le regrette maintenant. Mêlant plusieurs styles ils nous emmènent du début à la fin et on ne décroche pas, je suis même resté un peu bouche bée lors de l'image finale, mais je pense que l'effet est voulu et très bien réussi pour le coup. Pour le reste, je suis d'accord avec la critique de Géraldine (que je salue au passage). En bref, un film à voir !
AYMERIC
_______________________________________________________________________________________________________
RACCORD
Effectivement, après la déception Astérix, quelle joie de voir enfin un vrai film de cinéma comme celui des frères Coen. Ouf !! C'est noir, puissant, violent, pince- sans- rire et formidablement mis en scène. Et Javier Bardem en tueur (un genre de "Terminator country" si vous pouvez imaginez le truc... ) est absolument extraordinaire. A voir absolument !! JOLYON





