mercredi 20 août 2008
Surveillance
De Jennifer Lynch. USA, 2007.
RACCORD
Décidément, quand on s’appelle Lynch et que l’on fait du cinéma, difficile de passer inaperçu et de provoquer l’indifférence. Ainsi, Jennifer Lynch, la fille de David, 15 ans après son premier effort (« Boxing Helena »), revient aux affaires avec un thriller particulièrement maîtrisé et assez éprouvant. Le pitch suit deux flics du FBI, un homme et femme, venus dans un bled perdu au milieu de nulle part pour interroger les témoins d’une sombre histoire de meurtres sauvages et d’enlèvements…Mais très vite, il apparaît que le film suit moins les sentiers balisés du polar hollywoodien que la voie sinueuse d’un cinéma extrême et dérangeant, d’une cruauté et d’un sadisme rarement vu sur grand écran.
Déjà, le dispositif de l’interrogatoire qui structure le film, avec juxtaposition des différents points de vue, se voit transfigurer par les caractères des personnages, presque tous fascinants et monstrueux, baignants tour à tour dans le vice et la noirceur… Comme ces deux flics qui s’amusent à tirer sur les voitures et terrorisent une famille auquel répondent les deux enquêteurs du FBI, parfaitement cyniques, et qui ne vont pas tarder à montrer leurs vraies vocations. De ce fait, le spectateur, face à un retournement de situation diabolique perd pied et il se demande dans quelle Amérique de cauchemar il a pu tombé. Evidemment, la filiation Lynchienne paraît évidente, tant le film de Jennifer rappelle l’univers bariolé et violent de « Sailor et Lula » ou « Twin Peaks » ; autre référence emblématique, le « Funny Games » de Michael Haneke pour cette violence à froid, anti spectaculaire, mais réellement traumatisante…
Mais concrètement, on retrouve bien chez Jennifer les obsessions esthétiques de son père comme ce goût pour les rouges crépusculaires, les contemplations glauques et malsaines, les ambiances musicales industrielles et les délires poético-hystériques… Sauf qu’elle sait aussi travailler sa mise en scène et surtout le montage et que, mis à part quelques transitions maladroites (des fondus enchaînés pas toujours justifiés), elle peut se targuer de faire un cinéma brut, direct, mais aussi subtil, avec une vraie direction d’acteurs. Parmi ceux-là, il faut citer Bill Pullman, à la fois séduisant et effrayant, d’une densité rare.
Ma seule vraie réserve concerne les enjeux du film : pourquoi, au fond, un tel jusqu’au-boutisme ? A partir du moment ou les personnages sont tordus, ou l’innocence est perdue, ou la violence explose, quelle est la vraie justification ? L’affaire, finalement plutôt amorale, reste frustrante car sans d’autre intérêt que d’aligner cette galerie de personnages terrifiants. Mais si « Surveillance » n’était qu’un film pour assumer un héritage stylistique de père en fille ? Un film qui, malgré ces horreurs, n’ai pas autre chose qu’une déclaration d’amour tendre d’une fille à son père ? Qui sait ? JOLYON
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