vendredi 12 septembre 2008
The Dark Knight
de Christopher Nolan. USA, 2007.
RACCORD
Surprise, le blockbuster américain le plus attendu de l’été, “The Dark Knight”, est aussi un film d’auteur ambitieux et réussi. Et pourtant, avant sa sortie, le nouveau Batman transpirait le mystère, je l’avais observé sur les affiches : des couleurs sombres, du noir, du bleu, et une bande annonce qui ne montrait qu’avec parcimonie les péripéties du film. Et puis, bien sur, la disparition de Heath Ledger avait voilé le projet d’une curiosité morbide presque indécente, mais rendait le film encore plus mystérieux...
A l’arrivée, c’est un grand film noir en pleine lumière. On saluera d’abord le script, une structure complexe d’une précision diabolique qui multiplie les faux semblants pour une séquelle qui voit Batman affronter une fois encore la pègre de Gotham, d’ou émerge un nouvel adversaire charismatique. Comme pour « Batman Begins », Nolan privilégie une atmosphère psychologique pesante mais beaucoup plus sombre, l’interaction entre les principales figures du film (Batman/ le Joker/ Double face) ayant même, par moment, de vrais accents shakespeariens. Mais le vrai défi de Nolan, c’est sa volonté de débarrasser Batman de son aura d'antan et de sa flamboyance en lui imposant d'abord l'idée du renoncement (il veut céder la place au procureur pour nettoyer la ville) ensuite de faire face à des choix aux conséquences tragiques (la mort de Rachel...). A ce titre, l’époustouflante séquence de braquage en ouverture peut se voir comme la note d’intention du réalisateur, décidé à s’emparer brutalement du concept pour mieux le malmener et le placer sous un angle réaliste et contemporain. Du coup, on est a des années-lumières de Tim Burton !! Même Gotham City n’a plus rien de gothique, c’est devenue une ville–building assez banale… Ce qui l’est moins, c’est la violence, limite trash, qui traverse le film et connecte l’univers du comics avec l’Amérique d’aujourd’hui. Et cette connexion est logiquement amené par les personnages de double face et surtout par le Joker. En effet, devant un batman en plein marasme, la figure clownesque du joker s’impose avec éclat et force est de reconnaître que Heath Ledger, même s’il ne fait pas oublié Jack Nicholson, est absolument terrifiant, tout à la fois dément et drôle, agressif et inspiré… Un sommet. A côté de lui, Aaron Eckhart, est formidable en Harvey Dent, un procureur désireux de faire le bien et qui mue en un « Double Face » pactisant avec le mal… Autres acteurs dont on savoure la partition : le vétéran Michael Caine, en majordome toujours aussi flegmatique et puis Gary Oldman, qu'on retrouve en lieutenant de police discipliné alors que pendant des années, il a incarné au cinéma quantité de marginaux et de criminels... Enfin un contre emploi !!
Quant à Christian Bale, il revêt pour la seconde fois le costume noir, mais dans une nouvelle version qui lui permet de tourner la tête à 180 degrés !! Pour le reste, l’acteur a pris définitivement ses marques, même s’il lui manque, à mon sens , un petit quelque chose pour convaincre définitivement.
Mais il ne faut pas oublier que nous sommes aussi dans un film à grand spectacle et que le cahier des charges est correctement rempli de ce point de vue. Cependant, on est loin du déploiement en effets spéciaux du précédent opus ; les scènes de combats ou de poursuite sont logistiquement impressionnantes et réaliste (vous admirerez le « retourné » de camion…) et bénéficient d’une excellent montage; il y a par ailleurs quelques trouvailles visuelles intelligentes et, rayon gadget, la mise en service tonitruante de la « Batmoto ». De l’efficacité donc, mais sans esbrouffe. Sur le plan esthétique, le travail de la photographie est sublime. L’ensemble est soigné, la lumière contrastée et les ambiances nocturnes rappellent beaucoup le « Heat » de Michael Mann (à quoi renvoie aussi la scène de braquage...) mais ce n’est pas une mauvaise référence en soi.
Mes seules réserves concernent la longueur du film (2 heures et 27 minutes), due à certains partis pris du scénario comme l’épisode asiatique, pas indispensable, et le personnage de Rachel, littéralement sacrifiée en cours de route (la pourtant excellente Maggie Gyllenhaal), de même, le personnage de Morgan Freeman n’est pas réellement justifié et ne semble être là que pour compléter de justesse un casting pourtant de premier ordre. Autres pinaillages : en V.O., la voix de Batman ressemble trop à celle de Terminator, c’est gênant et puis, malgré le score sophistiqué composé par Hans Zimmer et James Newton Howard, il manque à ce Batman 2008 un vrai thème musical qui assoie mieux son identité cinématographique.
Mais bon, ces petites piques n’enlèvent en rien à la qualité de ce film de Christopher Nolan qui est bien parti, outre Atlantique, pour devenir le deuxième film le plus vu de tous les temps après « Titanic ». Pas mal pour un héros déprimé… JOLYON
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