RACCORD... PAS RACCORD !!

Le blog de l'émission RACCORD... PAS RACCORD : chroniques et infos cinéma un mardi sur deux à 20h sur Radio G! 101.5 FM ou www.radio-g.org

samedi 27 septembre 2008

« La fille de Monaco », Anne Fontaine

AfficheFrance – 2008, 1h35

PAS RACCORD

Décidément la critique de cinéma se ramollit ces temps-ci… Sans doute a-t-elle son quota de film français à promouvoir ; sinon, peut-être que notre industrie cinématographique -notre fameuse exception culturelle- ne s’en remettrait pas ! Alors, on se contente de peu, au nom de la solidarité nationale ; Jeanne Labrune, Pascal Thomas, Pascal Bonitzer et autres représentants de ce cinéma français endogène qui se regarde, se gausse et s’applaudit, doivent se féliciter devant la réussite d’une des leurs : « La Fille de Monaco » est un succès public et critique !

Au préalable, un mot sur la phrase d’accroche de l’affiche qui vaut quand même son pesant d’or :« Est-ce que vous vous êtes déjà posés la question pourquoi on couche?».

Jeu-test :quel type de film cela peut-il bien être:

1- Un « teen movie » -film pour adolescent pré pubère où la question centrale reste soit la perte de la virginité, soit le défi masculin d’abstinence ;

2- Un film post Nouvelle Vague avec Mathieu Amalric en intello angoissé et éternel indécis façon Desplechin « Comment je me suis disputé. Ma vie sexuelle »;

3- A la création d’un genre « le soap-polar », au pays de la princesse Grâce, avec Fabrice Luchini en guest-star…

Réponse 3 : le nouveau cru d’Anne Fontaine sorti le 20 août dernier.

AudreyLe problème de « La fille de Monaco » est visible dès l’écriture du scénario. La cinéaste a écrit le point de départ de son film avec l’idée de confier à Fabrice Luchini le rôle de Bertrand, virtuose du verbe, avocat brillant et redoutable séducteur, incapable de se laisser aller au sentiment amoureux. En face, construits comme miroirs inversés, un garde du corps, taciturne et terre à terre, Christophe joué par Roschdy Zem et une blonde pulpeuse, à la sexualité débridée, Audrey (Louise Bourgoin), sorte de version Bling-Bling de Bardot dans « Et dieu créa …la femme » de Vadim.

Cet improbable assemblage de personnalités ne marche pas pour la simple et bonne raison qu'i se construit sur des clichés, autrement dit sur du vent. Prenons la relation entre Bertrand et Christophe ; Il est évident que les acteurs ont été dirigés de façon à faire resortir la hiérarchie de leurs rapport; Christophe est au service de Bernard ; il est son garde du corps et doit le protéger. Si cette antinomie de caractères et de classe est au départ relativement bien suggérée, sa récurrence fait patauger l’intrigue. La disposition du premier pour le second, auquelle s’ajoute un évident sentiment d’admiration, qui va faire basculer leur rapport dans une ambiguïté  amoureuse quasi sado-maso confine au ridicule! Pourtant, Luchini joue dans la retenue, une fois n’est pas coutume ; mais Roschdy Zem, peu habitué à des rôles de subordonné, en fait des tonnes dans le « oui maître », dans le « je sécurise le périmètre ». Rien de bien naturel dans tout cela ; que de lourdeur et de surjeu ! La construction du duo est donc déjà bancale mais Anne Fontaine va encore plus loin Elle fait basculer cette comédie mondaine en une sombre histoire de meurtre. On aura compris qu’Audrey, et ce en grande partie grâce à l’obstination –courageuse- de Louise Bourgoin à camper une Bimbo, persuadée que la promotion canapé est la seule façon de réussir, est La femme qu’il ne faut pas pour Bertrand. La seule issue, le meurtre. C’est ça qui est fatiguant chez Anne Fontaine, ce conformisme bourgeois et cette obsession à mettre les gens dans des cases. Aucune subtilité psychologique puisque seules les apparences comptent. Audrey sera donc réduit à n’être qu’un corps qui se trémousse et Christophe, un subalterne fasciné par l’intellect de Bertrand. Au final, du sous-sous- Chabrol et une impression désolante de vide. GERALDINE

Posté par morpheus2316 à 09:22 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


jeudi 25 septembre 2008

"Entre les murs", Laurent Cantet

AfficheFRANCE - 2008, 2h08


RACCORD


« Entre les murs » est une plongée en apnée dans le quotidien d’une classe. De la 1ère image, en plan serré sur le professeur, François, avalant une dernière gorgée de café avant de rentrer dans l’établissement ; le calme avant la tempête ; jusqu’à la dernière séquence montant la classe vide, avec quelques chaises en désordre ; arrive les grandes vacances. La boucle est bouclée ; Entres ces deux temps, toute une année scolaire s’est déroulée sous nos yeux, avec ses rires, ses cris, ses doutes, ses conflits. Enfin, on peut respirer.

Les deux grandes qualités de Laurent Cantet comme cinéaste sont sa vigilance et sa sincérité. Vigilance quant au risque de récupération idéologique ou politique, -risque accru depuis la Palme d’Or puisqu’avant même sa sortie en salle, le film monopolise déjà l’attention des médias. « Entre les murs » ne prétend pas à dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité sur l’Education Nationale. En aucun cas, Laurent Cantet moralise son propos. Non, « Entre les murs » se veut être une chronique de la vie d’une classe, dans un lieu donné, le 20ème arrondissement de Paris, en s’inspirant de l’expérience d’un professeur donné, François Bégaudeau.

Sincérité, par sa volonté de montrer à l’écran des êtres en relief, avec leur énergie, leurs faiblesses et leurs contradictions. Par une rigueur de mise en scène, sur le mode du docu-fiction, Laurent Cantet réussit à traduire l’indicible, à montrer la violence quotidienne des rapports humains, toujours sur le fil du rasoir, sans jamais tomber dans la caricature ; la caméra est en alerte prête à saisir les micros-évènements susceptible de faire basculer une scène. Ce qui se passe entre les murs de ce collège c’est la vie, c’est une société en mouvement. Rien n’est jamais acquis puisque la narration se construit dans les moments de dérive. A un moment, il y a transmission de savoir et la seconde suivante, le dérapage arrive. Que ce soit sur le désaccord des élèves quant au choix d’un prénom, Bill, donné dans un exemple, jugé trop français ; ou la scène où François accuse les deux déléguées de la classe de s’être « comporter comme des pétasses », le professeur est constamment pris à parti, chahuté, provoqué mais il résiste. Sa croyance en la prise de parole, la liberté d’expression est plus forte. Humaniste convaincu, François prend le risque du dérapage, celui des élèves mais également du sien ; car un professeur, même avec la meilleure volonté du monde, est perfectible. Il lui arrive de se prendre à son propre piège, de ne pas réussir à faire passer son message. Il peut échouer ; quand il dit de Souleymane qu’il est « scolairement limité », provoquant ainsi un tollé dans la classe ; ou encore dans son incapacité à faire comprendre à Khoumba son insolence lorsqu’elle s’est refusée à lire un extrait d’Anne Frank à voix haute. Énervé et impuissant, il donne un coup de pied dans une chaîne. Ce sera sa seule manifestation visible de violence. Geste de désespoir devant l’échec. Il n’est pas un professeur super-héros, à la répartie infaillible. Il fait du mieux qu’il peut avec ses convictions et son savoir. C’est dans cette tension entre parole et violence, que naît toute la beauté du film. Grâce et tragédie du quotidien. Grâce dans l’autoportrait de Carl qui aime le zouk mais n’aime pas aller voir son frère en prison ; grâce dans l’analyse que fait Sandra de "La République" de Platon.

L'art de Cantet est d'avoir réussi à capter ces moments d'utopie concrète; ne pas juger, juste monter... GERALDINE

Bande annonce

Site internet

Posté par morpheus2316 à 12:06 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

vendredi 12 septembre 2008

The Dark Knight

tdk

de Christopher Nolan. USA, 2007.

RACCORD

Surprise, le blockbuster américain le plus attendu de l’été, “The Dark Knight”, est aussi un film d’auteur ambitieux et réussi. Et pourtant, avant sa sortie, le nouveau Batman transpirait le mystère, je l’avais observé sur les affiches : des couleurs sombres, du noir, du bleu, et une bande annonce qui ne montrait qu’avec parcimonie les péripéties du film. Et puis, bien sur, la disparition de Heath Ledger avait voilé le projet d’une curiosité morbide presque indécente, mais rendait le film encore plus mystérieux...

A l’arrivée, c’est un grand film noir en pleine lumière. On saluera d’abord le script, une structure complexe d’une précision diabolique qui multiplie les faux semblants pour une séquelle qui voit Batman affronter une fois encore la pègre de Gotham, d’ou émerge un nouvel adversaire charismatique. Comme pour « Batman Begins », Nolan privilégie une atmosphère psychologique pesante mais beaucoup plus sombre, l’interaction entre les principales figures du film (Batman/ le Joker/ Double face) ayant même, par moment, de vrais accents shakespeariens. Mais le vrai défi de Nolan, c’est sa volonté de débarrasser Batman de son aura d'antan et de sa flamboyance en lui imposant d'abord l'idée du renoncement (il veut céder la place au procureur pour nettoyer la ville) ensuite de faire face à des choix aux conséquences tragiques (la mort de Rachel...). A ce titre, l’époustouflante séquence de braquage en ouverture peut se voir comme la note d’intention du réalisateur, décidé à s’emparer brutalement du concept pour mieux le malmener et le placer sous un angle réaliste et contemporain. Du coup, on est a des années-lumières de Tim Burton !! Même Gotham City n’a plus rien de gothique, c’est devenue une ville–building assez banale… Ce qui l’est moins, c’est la violence, limite trash, qui traverse le film et connecte l’univers du comics avec l’Amérique d’aujourd’hui.  Et cette connexion est logiquement amené par les personnages de double face et surtout par le Joker. En effet, devant un batman en plein marasme, la figure clownesque du joker s’impose avec éclat et force est de reconnaître que Heath Ledger, même s’il ne fait pas oublié Jack Nicholson, est absolument terrifiant, tout à la fois dément et drôle, agressif et inspiré… Un sommet. A côté de lui, Aaron Eckhart, est formidable en Harvey Dent, un procureur désireux de faire le bien et qui mue en un « Double Face »  pactisant avec le mal… Autres acteurs dont on savoure la partition : le vétéran Michael Caine, en majordome toujours aussi flegmatique et puis Gary Oldman, qu'on retrouve en lieutenant de police discipliné alors que pendant des années, il a incarné au cinéma quantité de marginaux et de criminels... Enfin un contre emploi  !!

Quant à Christian Bale, il revêt pour la seconde fois le costume noir, mais dans une nouvelle version qui  lui permet de tourner la tête à 180 degrés !! Pour le reste, l’acteur a pris définitivement ses marques, même s’il lui manque, à mon sens , un petit quelque chose pour convaincre définitivement.

Mais il ne faut pas oublier que nous sommes aussi dans un film à grand spectacle et que le cahier des charges est correctement rempli de ce point de vue. Cependant, on est loin du déploiement en effets spéciaux du précédent opus ; les scènes de combats ou de poursuite sont logistiquement impressionnantes et réaliste (vous admirerez le « retourné » de camion…) et bénéficient d’une excellent montage; il y a par ailleurs quelques trouvailles visuelles intelligentes et, rayon gadget, la mise en service tonitruante de la « Batmoto ». De l’efficacité donc, mais sans esbrouffe. Sur le plan esthétique, le travail de la photographie est sublime. L’ensemble est soigné, la lumière contrastée et les ambiances nocturnes rappellent beaucoup le « Heat » de Michael Mann  (à quoi renvoie aussi la scène de braquage...) mais ce n’est pas une mauvaise référence en soi.

Mes seules réserves concernent la longueur du film (2 heures et 27 minutes), due à certains partis pris du scénario comme l’épisode asiatique, pas indispensable, et le personnage de Rachel, littéralement sacrifiée en cours de route (la pourtant excellente Maggie Gyllenhaal),  de même, le personnage de Morgan Freeman n’est pas réellement justifié et ne semble être là que pour compléter de justesse un casting pourtant de premier ordre. Autres pinaillages : en V.O., la voix de Batman ressemble trop à celle de Terminator, c’est gênant et puis, malgré le score sophistiqué composé par Hans Zimmer et James Newton Howard, il manque à ce Batman 2008 un vrai thème musical qui assoie mieux son identité cinématographique.

Mais bon, ces petites piques n’enlèvent en rien à la qualité de ce film de Christopher Nolan qui est bien parti, outre Atlantique, pour devenir le deuxième film le plus vu de tous les temps après « Titanic ». Pas mal pour un héros déprimé… JOLYON

Posté par morpheus2316 à 11:54 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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