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jeudi 9 octobre 2008

« Séraphine », Martin Provost

AfficheFrance - 2008, 2h05


PAS RACCORD


« Séraphine » est l’histoire d’une révélation ; celle d’une bonne à tout faire, à qui la Vierge Marie aurait ordonné de peindre ; la révélation d’une âme d’artiste dans un corps de servante. Les voies du seigneur sont impénétrable alors elle s’exécute Séraphine, elle peint sur des petits morceaux de bois. Elle peint les fleurs et les fruits, les tournesols, les pommes ; la nature est transfigurée sous son regard. Vêtue d’une robe noir austère, d’un large châle de laine gris-bleu, d’un chapeau défraîchi, elle parcourt la campagne, s’enivrant de cette nature si pleine de promesses. Elle fait la cuisine et le ménage, lave, cire le parquet pour quelques sous; ce grand corps massif, ces épaules voûtées par des années de labeur, ces grands yeux bleus azur. Il y a définitivement un souffle romanesque dans ce personnage à la Flaubert, sorte de Félicité touchée par la grâce de l’art.

« Séraphine » est aussi l’histoire d’une réhabilitation puisque le scénario est basée sur un personnage réel, celui de Séraphine Louis, dite Séraphine de Senlis, une artiste totalement originale, une autodidacte, de ceux qu’on appelle « naïfs ». Martin Provost redonne corps à cette femme discrète, cette petite main, dont il admire le talent. Le travail d’incarnation de Yolande Moreau est tout à fait remarquable ; la comédienne est littéralement habitée par le rôle et sa présence physique porte le film. Pourtant, malgré son évidente bonne volonté, le cinéaste est passé à côté d’une œuvre de cinéma. Certes, l’adaptation d’une biographie à l’écran n’est jamais chose aisée ; toujours, cette peur de l’anecdotique, du pathos. Malheureusement pour lui, Martin Provost n’évite pas les écueils du didactisme. Sa démarche d’historien d’art, sa croyance aux vertus de la vulgarisation de la culture prend le pas sur son travail de cinéaste. A trop vouloir reconnaître Séraphine, Martin Provost se perd dans un académisme étouffant. Si l'on ajoute à cela, la tentation de l'étude de moeurs - avec la peinture de la hiérarchie sociale, la bêtise et le mépris caractérisés des notables du village et la fausse naïveté de l'héroïne- et l'impressionniste de l’image -hymne permanent à la nature nourricière- "Séraphine", loin de gagner en poésie, a un rendu de film de terroir. Rapidement, l'observation curieuse de cette personnalité méconnue laisse place à un long, un très long ennui; au risque de passer complètement à coté de la tragédie finale, la fin d'une destinée à la Camille Claudel, qui méritait pourtant une plus grande attention. GERALDINE


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Posté par morpheus2316 à 14:45 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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