jeudi 9 octobre 2008
« L’Assaillant » de Pablo Fendrik
Argentine - 2007, 1h07
RACCORD
Le fait divers
nourrit la création des auteurs ; Chabrol (« La cérémonie »,
« La fille coupée en deux »), Truffaut (« La peau douce »,
« L’Homme qui aimait les femmes »), Cantet (« L’Emploi du temps »),
Gus Van Sant (« Elephant »), nombre de cinéastes ont reconstruit à
leur façon un évènement tiré de la réalité ; le secret d’une histoire
fragmentaire, l’énigme de la psychique des personnages, le passage à l’acte, il
est un support idéal de fiction. La fascination des réalisateurs pour le fait
divers tient moins à la reproduction exacte de l’événement qu’à la possibilité
d’y projeter sa vision, d’y imprimer son propre désir de cinéma.
« L’Assaillant » ne déroge pas à cet attrait du réel réinventé.
Quelques lignes lues
dans un journal ont suffi pour inspirer ce jeune cinéaste argentin, Pablo
Fendrik, qui signe avec « L’Assaillant », un premier long métrage
tout à fait intéressant. Tourné en neuf jours, sans véritable scénario, le film
est né comme il a été réalisé, dans une grande impatience de passer à l’acte
créateur.
Un homme marche dans
la rue et on le suit ; caméra à l’épaule, on emboîte le pas de ce héros
anonyme. La vie urbaine défile sous nos yeux au fur et à mesure qu’il se
déplace. Où va-t-il ? Que va-t-il faire ? Le suspense s’installe.
Subitement, il s’engouffre dans un bâtiment et le film rejoint le fait divers
qui l’a inspiré, celui d’un double braquage effectué dans deux collèges privés
de Buenos Aires à vingt minutes d’intervalles.
Le choix de
parti-pris de la mise en scène de filmer en quasi-temps réel -l’absence de
coupures, le choix de longs plans séquences en plans très serrés- nous plonge
au cœur de l’action. Faire ressentir au spectateur les émotions du personnages
principal, lui donner l’impression d’être le témoin privilégié de l’histoire,
Pablo Fendrik n’a pas voulu faire autre chose. Une économie de moyen et un
besoin vital de cinéma. Jamais on ne saura les raisons qui poussent cet homme à
commettre ces braquages et d’ailleurs, ce n’est pas ça qui est important ;
refusant toute démonstration narrative, « L’Assaillant » est un film
physique ; le nœud de l’intrigue, c’est le corps d’un homme, sa démarche,
sa voix, l’expression de son regard. En ce sens, il ne s’y raconte pas grand chose ;
mais ce que Pablo Fendrik réussit à faire est de la pure mise en scène, capter
l’énergie vitale d’un homme et sa présence dans l’espace. On n’en demande pas
plus… GERALDINE
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