dimanche 6 septembre 2009
Inglorious Basterds
RACCORD
Sur les écrans depuis la mi août, le dernier film de Quentin Tarantino est un projet qu'il failli monter en son temps avec Stallone et Schwarzenegger et qui finalement déboule avec Brad Pitt en tête d'affiche. Attendu depuis belle lurette par les fans, cette arlésienne était une sorte de défi pour le cinéaste qui voulait s'essayer au genre du film de guerre lorgnant avec insistance sur les grosses productions bis comme « Les douze salopards » mais avec en tête un scénario picaresque et malin. Et force est de constater que le réalisateur de « Kill Bill » a bien fait de patienter, car il produit ici une de ses meilleures bobines depuis longtemps.
Le script, qui découvre dans la France occupée les destins croisés d'une jeune juive en quête de vengeance et d'une bande de soldats juifs, chasseurs de nazis et scalpeurs de tête, est le prétexte à une réjouissante variation de style chez Tarantino.
D'abord, il s'agit d'un film européen, avec un casting majoritairement allemand et français avec la France et l'Allemagne pour terrain d'action, ce qui lui donne une uniformité de couleur et une consistance plus dense, plus concerté... Ensuite Tarantino renoue avec une narration éprouvée sous forme de chapitrage avec ici ou là insertion de petits flash backs pour présenter tel ou tel personnage. Mais de ces gimmicks temporels il limite l'usage pour mieux se concentrer sur une linéarité en lien avec le contexte historique. Et puis, c'est certainement le film le moins musical de Tarantino, à peine deux ou trois citations d'Ennio Morricone, une chanson de Bowie et c'est quasiment tout. Evidemment, Tarantino a toujours en magasin son lot de références tel Robert Aldrich, Sergio Leone, Brian de Palma, ou l’univers du western qu'il évoque selon le contexte, mais, dans "Inglorious Basterds", ce qui frappe le plus, ce n'est pas tant l'abondance cinéphilique que l'avènement d'une forme de théâtralité truculente qui n'existait pas avant dans son cinéma. Ainsi, l'enjeu de beaucoup de scène c'est justement l'entrée en scène, et de savoir qui fait quoi, jusqu'au bluff et à la bouffonnerie mortelle comme dans la scène du café par exemple ; c'est pourquoi la direction d'acteurs est plus attentive que d'habitude (on citera Christoph Waltz dans le rôle du très sardonique colonel SS, prix d'interprétation à Cannes et Brad Pitt, qui parodie Clark Gable ou Lee Marvin avec bonheur) mais Tarantino apporte aussi un soin particulier aux costumes et aux décors comme ce cinéma de quartier qui devient un foisonnant théâtre ou tout le monde joue a cache-cache ; et puis, il se lâche dans la caricature des caractères avec cette floppée de dignitaires nazis, tous hilarants, Hitler et Goebbels en tête…
La conséquence formelle de ces partis pris est que Tarantino adopte une certaine distance par rapport à sa violence coutumière (montage très « cut » pour finir plus vite, plans larges, sadisme en veilleuse …). Ce n’est pas ce qui l’intéresse au premier abord, la violence, mais il l’exprime malgré tout, parce qu’il s’agit de la lisibilité de son style et qu’il y va de la convention même du film de guerre, ce qui ne déroutera pas le spectateur. Les vrais faiblesses de ces « basterds » sont ailleurs : des longueurs dans la première heure, l’ajout de la séquence anglaise –ni drôle ni passionnante ni très utile- et la jeune Shosanna, seul personnage réellement tragique de cette histoire et qui est en net décalage, comme provenant d’un autre film. Tarantino lui concocte d’ailleurs un clip glamour sur un air de Bowie pour la rende plus intéressante, en vain…
Mais la conclusion fait oublier ses lacunes tant on monte ici à un niveau de jubilation extrême : maîtrise du double récit, du montage, de la direction d’acteurs, mise en abyme de l’écran à la salle, suspense, loufoquerie (il faut entendre Brad Pitt prononcer « arrivederci » avec son gros accent américain !!). Et la farce grotesque et sanglante de se transformer en ébouriffante leçon de cinéma ou le grand plaisir de Tarantino est de réécrire l’histoire à coups de mitraillette !! Au final, « Inglorious Basterds », sans être un chef d’œuvre, séduit à force de truculence et d’évolution stylistique. A voir…
JOLYON




