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RACCORD

De l'artisanat sincère, "Adieu au langage" relève avant tout de ça. Parce que Godard est un artisan démesurément contre les règles, quasiment à rebours de l'écran mais animé d'une foi jusqu'au-boutiste dans sa démarche. Avec toujours ce principe du collage visuel et sonore, des citations multiples, bref, une hybridité assumée dans une oeuvre qui se déroule une nouvelle fois (une dernière ?) comme l'affirmation de l'art de la contradiction godardienne. Mais cette fois tiré par le relief d’une 3D réussie dont certains effets innovent (l’invention d’un champ / contrechamp ou chaque œil à son image). James Cameron, avant de sortir son "Avatar 2", devra sûrement regardé cette 3D façon Godard, il sera sans doute bluffé. Sur le fond, bien que littéralement inracontable, « Adieu au langage » semble nous dire que l’incommunicabilité dans un couple n’a de salut que dans une forme de misanthropie et un retour salutaire à la nature, symbolisé par ce fameux chien au milieu d’un discours aussi brillant qu’autiste et d’éblouissantes situations picturales (la scène en costume avec la barque)… Même déroutant, même figé dans une incompréhension définitive, une fois sorti de la salle on se surprend à repenser à ce magma godardien obscur et performant comme à un singulier poème énigmatique et retors qui ne cesse pas de se débattre en nous, en quête de sens et de beauté.