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PAS RACCORD

« Get On Up » est un biopic ambitieux mais inégal. Si tout l’aspect musical est plutôt bien mis en avant, avec un parti pris de montage rythmé qui épouse idéalement les classiques de James Brown, le film manque d’un enjeu dramatique fort concernant sa vie personnelle. C'est sur ce point que la comparaison avec "Ray", le biopic sur Ray Charles est le plus flagrant. Autant le film de Taylor Hackford prenait  le temps d'esquisser le personnage avec sensibilité et profondeur, autant le film de Tate Taylor sur James Brown se contente juste de le "caractériser" comme un être déterminé mais à lamanière d'un zapping. D'ailleurs, le fait d’éclater la narration est un parti pris pertinent en terme de rythme, mais cela à pour défaut d’affaiblir une véritable approche psychologique et de résumer sa vie à une suite d’épisodes connus (le concert de l'Apollo, la tournée au Vietnam, ses relations tyranniques avec les musiciens, son bizness…). Le seul vrai fil conducteur du film restant sa relation avec Bobby Bird (Formidable Nelson Ellis...) mais c’est un peu maigre. Mais de ses relations avec les femmes, bonjour les ellipses ! Dans une scène, on apprend qu’il va se marier et dans une autre, il tape sur son épouse et c’est à peu près tout. Après, c’est au cas par cas. Pourquoi focaliser sur la mort du producteur (Dan Aykroyd) et pas sur celle de son fils Teddy ? Pourquoi son engagement politique en faveur de la communauté noire n’est t-il pas plus explicite ? Et le regard de James Brown sur la génération rap, qui le sampla à outrance ? Mais le film contient son lot de jolies scènes aussi comme le combat de boxe des enfants, presque onirique, ou la scène des retrouvailles avec la mère. Et reconnaissons les efforts louables de Chadwick Boseman pour trouver le charisme, la flamme voire le sentiment de danger physique que pouvait inspirer le Godfather of Soul, jusque dans ses nombreuses performances scéniques. L’acteur porte le film littéralement sur ses épaules et jusqu’au grand écart. Au final, si « Get on Up » saisi l’essence de que fut James Brown, l’artiste, on ne fait pas vraiment le tour de l’homme sauf sur cette idée, vraie, de la solitude dans sa soif de contrôle et de liberté.